« Le luxe des micro-cités du Golfe ne fait pas oublier l’environnement stratégique dangereux, instable, et qui pourrait bien amener la guerre »

Chronique. Dans le monde arabe, il y a la première classe, ou plutôt la classe « affaires ». Du Koweit à Oman, monarchies et principautés du Golfe alignent musées, architectures futuristes au bord de l’eau, laboratoires high-tech, hôtels étoilés et paradis fiscaux. A quoi il faut ajouter… des avions de chasse dernier cri, par dizaines – comme ces Rafale français vendus vendredi 3 décembre aux Emirats arabes unis (EAU). La richesse matérielle masque l’inquiétude stratégique.

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Le long de l’ancienne côte des pirates, c’est sérénité, luxe et volupté, à l’image des prospectus des compagnies aériennes. « Des oasis de calme, de prospérité et de stabilité politique » dans une région moins que jamais apaisée, écrit Denis Bauchard, vétéran de la diplomatie française, dans un livre aussi savant que précis : Le Moyen-Orient au défi du chaos, un demi-siècle d’échecs et d’espoirs (Maisonneuve et Larose/Hémisphères, 396 pages, 26 euros).

La nature a mal fait les choses. Elle a distribué les richesses là où les hommes ne sont pas. De Koweit City à Oman, un exceptionnel concentré d’hydrocarbures assure le bonheur des quelques millions de résidents du Golfe : 35 millions en Arabie saoudite ; 10 millions aux Emirats arabes unis (EAU) ; plus de 5 millions à Oman ; 4,2 millions pour le Koweit ; 2,8 millions pour le Qatar ; 1,7 million pour Bahrein. Encore faut-il préciser que, bien souvent, les « nationaux » ne représentent que 10 % de ces chiffres.

Mais, à l’exception de l’Irak et de l’Algérie, les pays arabes les plus peuplés n’ont pas cette bonne fortune pétrolière ou gazière. Le Machrek – Irak, Syrie, Liban – est dans l’adversité des après-guerres : misère économique et instabilité politique. L’impitoyable dictature du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi croit pouvoir redonner un peu de ses ambitions passées à l’Egypte. Les jeunes du Maghreb – Libye, Tunisie, Algérie, Maroc – pensent à l’immigration.

Une vieille bataille à composantes multiples

Le luxe des micro-cités du Golfe ne fait pas oublier l’environnement stratégique. Il est dangereux, instable, comme un méchant vent de sable qui soufflerait d’est en ouest, et pourrait bien amener la guerre. Le golfe Arabique est en première ligne de l’affrontement qui oppose son leader, le régime saoudien, à la grande puissance de la rive orientale, la République islamique d’Iran.

C’est une vieille bataille à composantes multiples – Perses contre Arabes, musulmans chiites contre musulmans sunnites, « révolutionnaires » contre monarchies – et dont l’enjeu est la prépondérance sur la région. Schéma classique : à Ryad comme à Téhéran, on prétend n’avoir que des préoccupations défensives. Les Iraniens parce qu’ils ont été agressés par l’Irak, soutenu par les Etats du Golfe, en 1980 ; les Saoudiens parce qu’ils assument d’être à la tête d’une coalition destinée à contrer l’expansionnisme galopant de la République islamique.

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« Le luxe des micro-cités du Golfe ne fait pas oublier l’environnement stratégique dangereux, instable, et qui pourrait bien amener la guerre »

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