Le fiasco du train à grande vitesse britannique

Le premier plan sérieux d’un train à grande vitesse entre Londres et le nord de l’Angleterre a été préparé par le gouvernement britannique en 2009. Il était annoncé à un coût de 36 milliards de livres sterling (42,8 milliards d’euros, au cours actuel). Rapidement, la facture s’est envolée : 50 milliards de livres, puis 88 milliards et, enfin, 106 milliards, voire peut-être, selon l’un des auteurs d’une étude controversée, 170 milliards… La livraison du projet n’en finissait pas non plus d’être reportée, les années 2040 étant régulièrement évoquées pour la pose du dernier kilomètre de rail.

Jeudi 18 novembre, le premier ministre, Boris Johnson, a décidé de limiter la casse. L’ambitieux projet de la construction de cette ligne à grande vitesse a finalement été revu à la baisse. Elle reliera comme prévu Londres, Birmingham et Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre, mais sa deuxième branche, de Birmingham à Leeds, dans le Nord-Est, est supprimée. Trop chère et trop distante dans le temps, a tranché le chef du gouvernement. « Il est maintenant clair qu’avec le projet initial, les lignes à grande vitesse n’auraient pas atteint l’est des Midlands et le Yorkshire [dans le Nord] avant le début ou le milieu des années 2040 », explique-t-il.

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A la place, il promet d’investir dans l’électrification des lignes existantes dans le Nord, qui fonctionnent encore avec de vieux trains diesel. « C’est peut-être moins glamour, mais c’est plus important », observe M. Johnson. Le projet revu à la baisse devrait quand même coûter 70 milliards de livres, avec une première mise en service entre Londres et Birmingham à partir de 2029, et une livraison finale entre 2035 et 2040.

Règles locales de permis de construire très contraignantes

Comment le Royaume-Uni, pionnier mondial du train (la première locomotive à vapeur date de 1804, au Pays de Galles), se trouve-t-il tant à la traîne au niveau de son réseau ferroviaire ? « C’est comme si les victoriens avaient développé le train à l’Ouest, mais gardé le réseau de canaux dans l’est du pays », s’agace Andrew Adonis, l’ancien ministre travailliste des transports, qui a développé le premier projet de 2009.

Boris Johnson avait fait du « rééquilibrage » du pays vers le Nord une priorité, et cette décision est considérée comme un reniement de sa promesse. Même ses propres troupes s’en irritent : le député conservateur Robbie Moore, dont la circonscription devait être desservie, se dit « profondément déçu ».

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Le nom de ce « TGV britannique » en dit long sur l’état du réseau ferroviaire national : High Speed 2 (HS2, grande vitesse 2). Il ne s’agit en effet que de la deuxième ligne à grande vitesse du pays, la première étant celle de l’Eurostar, ouverte en 2007. Le Royaume-Uni, berceau d’easyJet, est un pays où il est courant de prendre l’avion pour relier Londres à Glasgow ou Edimbourg.

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