L’Australie au secours des îles Salomon, où ont lieu de violentes émeutes

Après deux jours de violentes émeutes dans son pays, c’est à l’Australie que le premier ministre prochinois des îles Salomon, Manasseh Sogavare, a demandé assistance, jeudi 25 novembre. En vertu d’un accord de sécurité liant les deux pays depuis 2017, son homologue australien, Scott Morrison, à couteaux tirés avec Pékin, a immédiatement répondu et annoncé le déploiement de plus d’une centaine de policiers et de militaires pour aider les forces de l’ordre salomonaises à « assurer la stabilité et la sécurité » de l’archipel. Les premiers hommes ont atterri le soir même dans la capitale de l’archipel, Honiara. Vendredi matin, la police des îles Salomon a eu recours à des tirs de sommation pour disperser des manifestants qui tentaient d’atteindre la résidence particulière du premier ministre et les repousser vers le centre de la ville.

« Le gouvernement australien n’a aucune intention, d’aucune manière, d’intervenir dans les questions internes des îles Salomon (…). Notre présence là-bas n’indique aucune prise de position », avait tenu à préciser, la veille, le conservateur Scott Morrison.

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Entre 2003 et 2017, Canberra avait dirigé la force de maintien de la paix « Ramsi », établie pour stabiliser le pays mélanésien après cinq années de violences interethniques. « L’Australie a déjà l’expérience du terrain. Sans son intervention, il y a un risque de revivre une guerre civile qui pourrait causer une instabilité régionale », explique Alexandre Dayant, chercheur au Lowy Institute de Sydney.

Mercredi, des manifestants réclamant la démission de Manasseh Sogavare avaient tenté de prendre d’assaut le Parlement avant de déferler dans les rues de la capitale, où ils ont incendié des bâtiments officiels et pillé des magasins. Dès 19 heures, le chef du gouvernement a instauré un couvre-feu, mais les forces de l’ordre ont été totalement dépassées par les émeutiers, toujours plus nombreux, qui, ont continué à saccager la ville, et en particulier le quartier de Chinatown. Inquiet, Zhao Lijian, porte-parole de la diplomatie de Pékin, a demandé « au gouvernement des îles Salomon de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des entités et des ressortissants chinois ».

Ressentiment vis-à-vis de la Chine

Ce n’est pas la première fois que cette communauté, propriétaire de la plupart des commerces de Honiara, fait les frais de la colère des Salomonais dont certains se disent envahis. En 2006, des protestataires s’en étaient déjà pris à Chinatown.

Aujourd’hui, le ressentiment vis-à-vis du géant asiatique est d’autant plus vif qu’en 2019, Manasseh Sogavare a décidé, sans véritables consultations, de reconnaître diplomatiquement Pékin, tournant le dos à une alliance de trente-six ans avec Taïwan. Plusieurs élus avaient alors protesté ; le plus virulent d’entre eux, le chef du gouvernement de l’île de Malaita, Daniel Suidani, avait même fini par annoncer, le 1er septembre 2020, qu’il allait organiser un référendum sur l’indépendance de sa province, la plus peuplée de l’archipel – au début des années 2000, elle avait joué un rôle majeur dans les violences interethniques qui avaient embrasé le pays.

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