« L’Afghanistan ne peut pas attendre. La famine arrive »

Chronique. Faut-il aider les Afghans au risque de conforter les talibans ? La question est aujourd’hui académique. Elle relève du débat pour émission de télévision ou, au mieux, de la dissertation en première année de sciences morales et politiques. L’Afghanistan ne peut pas attendre. La famine arrive.

Ce pays, l’un des plus misérables du monde et qui sort d’un demi-siècle de guerres, est sous la menace d’une immense tragédie humanitaire, dernier épisode d’un empilement de malheurs auxquels les Occidentaux ne sont pas étrangers. Selon les chiffres du Programme alimentaire mondial des Nations unies, 98 % des quelque 40 millions d’Afghans risquent une forme ou une autre de malnutrition. Cité par le Financial Times du 19 décembre, un responsable de l’International Crisis Group (ICG) dit craindre une « famine capable de tuer plus de gens que les combats qui ont eu lieu depuis 2001 » – quand une coalition occidentale menée par les Etats-Unis a chassé de Kaboul un premier gouvernement « talib ».

L’hiver est là. Dans les vallées les plus reculées du pays, les villages sont sans médicaments et les denrées alimentaires de base manquent. Les réserves de céréales sont épuisées, le fuel aussi. Fin novembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait à plus de 3 millions le nombre d’enfants atteints de malnutrition aiguë : un million d’entre eux pourraient mourir quand les températures vont encore baisser. Les professionnels de l’assistance humanitaire n’ont pas le luxe de s’interroger sur la nature du régime de Kaboul : une génération est en péril.

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A qui la faute ? Quand les Etats-Unis quittent précipitamment l’Afghanistan, fin août, sans prévenir ni rien prévoir, les talibans prennent le pouvoir. Ils en avaient été expulsés il y a vingt ans pour cause de collusion active avec les djihadistes d’Al-Qaida, responsables des attentats du 11 septembre 2001. Réfugiés au Pakistan, qui les protège, les nourrit et les arme, les talibans sont repartis au combat en 2003 et ont vaincu, par épuisement politique des Etats-Unis.

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Le retrait chaotique des Américains cet été n’a pas seulement provoqué la fuite du régime qu’ils avaient mis en place. Il a désintégré une économie nourrie aux subventions occidentales. Les dignitaires de l’ancienne équipe se sont réfugiés dans leurs villas du Golfe. Tout soudain, les millions de dollars d’aide internationale dont bénéficiait Kaboul se sont évanouis. Les fonctionnaires – et l’Etat est le principal employeur du pays – ne sont plus payés. A titre de sanction, les comptes de l’Afghanistan à l’étranger sont bloqués. Ajoutez à cela la sécheresse de ces trois dernières années et, depuis trop longtemps, le poids d’un état de guerre quasi permanent, le résultat est là : la famine descend sur les pentes de l’Hindou Kouch.

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