La contestation monte contre la réforme de l’asile de Boris Johnson

Le projet de loi « nationalité et frontières », visant à réformer le droit d’asile au Royaume-Uni, arrive en troisième et dernière lecture à la Chambre des communes mardi 7 décembre, avant un passage par la Chambre des lords – qui peut l’amender mais non bloquer son adoption. Ce texte, dénoncé par les ONG et l’opposition travailliste comme une loi « antiréfugiés », constitue la pierre angulaire de la politique de « reprise de contrôle » des frontières après le Brexit, promise par Boris Johnson et sa ministre de l’intérieur, Priti Patel.

La loi entend criminaliser les traversées de la Manche en bateaux pneumatiques, les migrants qui débarquent sur les plages du Kent sans autorisation encourant des peines de prison (même si c’est pour y demander l’asile). Elle valide aussi le principe très controversé des « pushbacks », le renvoi des embarcations vers les eaux territoriales françaises, et la création de centres pour demandeurs d’asile dans des pays tiers le temps que leur dossier soit examiné. Dans un rapport cinglant publié le 1er décembre, une semaine après que 27 personnes ont trouvé la mort dans la Manche, la commission parlementaire aux droits humains de Westminster a conclu que ce texte était « incompatible avec les obligations du Royaume-Uni dans le cadre de la convention des Nations unies sur les réfugiés ». Quant aux « pushbacks », ils « vont rendre les traversées encore plus périlleuses et ils n’auront pas d’effet dissuasif sur les candidats à la traversée ou les passeurs ».

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« Routes sûres »

Plusieurs ONG britanniques ont déjà menacé d’attaquer le gouvernement en justice si la loi est adoptée. Pour autant, le premier ministre n’a pas cillé, encourageant les députés à voter pour un texte qui « nous donne le pouvoir de faire enfin une distinction entre migrants illégaux et légaux ». Dans ce contexte électrique, des élus conservateurs ont osé rompre les rangs et plaider pour une approche plus humaine : ils réclament la création de « routes sûres » pour déposer des demandes d’asile au Royaume-Uni – une revendication de longue date des associations d’aide aux migrants.

« Nous avons besoin d’une politique migratoire ferme mais juste », insiste Andrew Mitchell, ancien ministre au développement international de David Cameron, dans un article posté le 5 décembre sur ConservativeHome, un site tenu par des membres du parti tory. « Le déploiement de machines à vagues ou de Jet-Ski pour repousser les bateaux de migrants [des idées avancées par le Home Office] conduirait à des catastrophes et affaiblirait notre position sur la scène internationale », prévient l’élu des Midlands. Il critique aussi l’idée de parquer les demandeurs d’asile « dans des endroits où les droits de l’homme ne seraient pas garantis. Nous ne pouvons pas dénoncer les abus en Russie ou en Chine si, dans le même temps, des images de camps de détention britanniques offshore sont diffusées partout ».

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