La chute d’Elizabeth Holmes, « girl boss » de la Silicon Valley

Par Corine Lesnes

Publié aujourd’hui à 01h19, mis à jour à 02h19

Il était son « tigre ». Elle était sa « reine ». Entre 2011 et 2016, ils ont échangé 594 textos contenant le mot love, « amour ». Le procureur en a lu quelques-uns à l’audience. « Tu es ma brise dans le désert, disait-elle. Mon eau. Mon océan. » Il répondait qu’elle était « la tigresse de Dieu » et qu’à deux ils seraient « invincibles ». Entre deux messages passionnés, Elizabeth Holmes et Sunny Balwani, le couple à la tête de la start-up de biotechnologie Theranos, récoltaient des millions de dollars auprès d’investisseurs tout prêts à croire que la Silicon Valley avait des pouvoirs miraculeux, dont celui de révolutionner l’industrie des analyses de sang. A partir de quelques gouttes prélevées d’une simple piqûre au pouce, le laboratoire se faisait fort de donner les résultats complets de la formule sanguine des patients, et ce de manière quasi instantanée. Une promesse qu’il n’a jamais pu concrétiser.

C’était en 2014-2015. Elizabeth Holmes, la fondatrice de Theranos, était en effet la reine du moment. Première femme milliardaire de la Silicon Valley (à l’exception des héritières). L’une des rares PDG dans un univers machiste. Jeune ! Forcément géniale : elle avait laissé tomber ses études à Stanford en deuxième année pour se consacrer à son invention. Les médias s’enthousiasmaient : le monde des start-up n’était donc pas tenu que par des « bros » (les jeunes ingénieurs). Une femme, enfin, prenait rang parmi les patrons de « licornes », les entreprises dont la capitalisation dépasse 1 milliard de dollars (890 millions d’euros). Elizabeth laissait dire, et écrire, sa légende. Elle avait une phobie des seringues, d’où l’idée de s’en passer dans les prises de sang. A 9 ans, elle voulait inventer quelque chose qui aiderait l’humanité. A 11 ans, elle annonçait son projet d’avenir : « Milliardaire ».

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Theranos, la start-up qui voulait révolutionner les tests sanguins, devant la justice américaine

Elizabeth Holmes était la quintessence de la « girl boss », les femmes qui montent à l’assaut du pouvoir dans les entreprises. Ambition débordante, assurance à peine moindre, patience limitée. « Là où il y a un plafond de verre, il y a une dame de fer juste derrière », écrivait-elle sur Twitter en août 2015, à l’occasion du Women’s Equality Day, la journée commémorant le droit de vote des femmes. « Le “miniLab” [la machine à tests conçue par Theranos] est la chose la plus importante que l’humanité ait jamais fabriquée, proclamait-elle devant le personnel réuni pour la fête de Noël 2011 dans un domaine viticole de la Silicon Valley. Si vous n’êtes pas d’accord, vous n’avez qu’à partir. »

Il vous reste 78.25% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We want to say thanks to the writer of this write-up for this amazing material

La chute d’Elizabeth Holmes, « girl boss » de la Silicon Valley

Decode The News Podcast