« Ils les ont tués juste comme ça » : les habitants de Teraf, en Ethiopie, pleurent leurs morts

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Plusieurs fois par jour, les proches de Sheikh Hussein clament leur douleur en chantant. Ce vendredi 10 décembre marque pour eux la dernière journée du lekso, un rite funéraire éthiopien d’une semaine. A Teraf, une vingtaine de foyers pleurent simultanément leurs morts. Pendant plus d’un mois, cette commune rurale de quelques milliers d’habitants, située en région Amhara, dans le nord de l’Ethiopie, a été occupée par les rebelles des Forces de défense tigréennes (TDF), jusqu’à leur repli amorcé début décembre après une contre-offensive du gouvernement. Au cours de cette occupation, vingt-cinq habitants – tous des hommes – ont été exécutés.

Début décembre, Sheikh Hussein, 65 ans, et son fils de 14 ans revenaient des champs, comme tous les jours, avec leur chameau. « Ils les ont tués juste comme ça, sur le chemin, sans raison ; ils n’avaient pas d’arme », raconte Zeiba Getaneh, la veuve du fermier. Les corps recouverts de pierres et de branchages se trouvent en haut de la colline surplombant Teraf, entourés de vingt-trois autres sépultures.

Deux habitantes de Teraf, en Ethiopie, dont les maris ont été tués pendant l’occupation de la commune par les rebelles tigréens, en novembre et décembre 2021. A gauche, Aisha Ali chez elle. A droite, Zeiba Getaneh avec deux de ses enfants, devant leur maison ; elle a également perdu un fils de 14 ans.

Pour s’emparer de la localité, les insurgés tigréens, épaulés par leurs alliés de l’Armée de libération oromo, ont dû faire face à la résistance de cette communauté de fermiers. Comme d’autres agriculteurs de Teraf, Mohammed Siraj Ibrahim, 31 ans, est devenu milicien au moment de l’arrivée des rebelles, début novembre. « Nous avons tenté de les arrêter, mais ils étaient trop nombreux, et nous avons rapidement manqué de munitions, se souvient-il. Finalement, nous avons pris la fuite. »

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Une suspicion permanente a ensuite plané sur les jeunes hommes restés sur place. Mohammed Ahmed, 30 ans, a ainsi été abordé par une patrouille tigréenne, fin novembre, alors qu’il partait à la recherche de sa femme et de ses deux enfants, cachés dans une forêt avoisinante lors de l’arrivée des rebelles. « Ils lui ont demandé sa carte d’identité et lui ont dit : “On te connaît, tu fais partie de la milice », raconte Aisha Ali, désormais sa veuve. Mohammed Ahmed a été tué en pleine rue, par balle.

Représailles

Des doyens de cette bourgade aux habitations éparpillées veulent croire en la dimension identitaire de ces crimes. « Nous sommes visés, car nous sommes amhara, c’est sûr ! », s’indigne Mohammed Siraj Ibrahim. Teraf est une commune à majorité amhara située dans l’Oromo Special Zone, un district à majorité oromo, la plus grande ethnie éthiopienne. Les conflits fonciers et territoriaux y sont fréquents.

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« Ils les ont tués juste comme ça » : les habitants de Teraf, en Ethiopie, pleurent leurs morts

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