Energie : le discret accord gazier d’Engie aux Etats-Unis

Désormais, le groupe Engie (ex-GDF Suez) préfère redoubler de discrétion lorsqu’il signe un contrat pour importer du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des Etats-Unis. A l’automne 2020, l’entreprise avait dû renoncer à un mégaprojet avec la société NextDecade, sous la pression de l’Etat français et d’organisations de défense de l’environnement. Ces dernières mettaient en garde contre une méthode interdite en France depuis 2011 : la fracturation hydraulique pour exploiter du gaz de schiste, gaz non conventionnel.

Peu après, Engie a finalement réussi à conclure un contrat d’importation gazière, en l’occurrence avec la société américaine Cheniere Energy. L’approvisionnement a débuté en septembre 2021 et doit s’étirer jusqu’en 2032, est-il indiqué dans les documents de travail élaborés par Engie avant le contrat. Selon ces éléments confidentiels, que s’est procurés l’association Les Amis de la Terre, les navires méthaniers partent du terminal de Corpus Christi (Texas), à destination notamment de la France (Montoir-de-Bretagne) et de l’Espagne (Barcelone). Les livraisons ont été envisagées en deux tranches : l’une entre 2021 et décembre 2025, l’autre entre octobre 2023 et septembre 2032.

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D’après nos informations, ce nouveau contrat d’achat a été directement validé en comité exécutif par la direction du groupe. Autrement dit, sans passer par le conseil d’administration d’Engie, où l’Etat, actionnaire principal (23,6 % des parts), est représenté. A l’inverse, l’entreprise avait bien prévu de présenter aux administrateurs son projet avec NextDecade, avant de le retirer de l’ordre du jour.

Le gouvernement confirme ne pas avoir été informé, à ce niveau de gouvernance, du contrat scellé avec Cheniere Energy. « Il relève d’une décision interne de l’entreprise », note le ministère de la transition écologique. « Ce contrat représente 2 % des volumes projetés de gaz servis par Engie à l’horizon 2030, affirme l’entreprise française. Les règles usuelles internes du groupe en matière d’approbation d’un contrat de cette taille, limitée, ont évidemment été suivies. » Le règlement intérieur du conseil d’administration dispose que l’autorisation préalable des administrateurs n’est requise que pour un contrat à long terme de gaz équivalent à 30 milliards de kilowattheures (kWh) par an. « Ce qui n’est pas le cas de cette opération », assure Engie.

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Selon les documents préparatoires, il est prévu d’importer l’équivalent de 12,3 milliards de kWh par an pour la première tranche et 5,6 milliards pour la seconde. Le montant global de la transaction y est alors estimé à 1,896 milliard de dollars (1,67 milliard d’euros). Engie refuse de confirmer s’il s’agit des chiffres retenus dans le contrat définitif, de même qu’il reste évasif sur la proportion de gaz de schiste dans ces importations de GNL. Les chiffres pour 2020 de l’Agence américaine d’information sur l’énergie montrent que cet hydrocarbure non conventionnel représente 79 % de la production de gaz aux Etats-Unis.

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