En Inde, les extrémistes hindous ne plaisantent pas avec l’humour

« La haine a gagné, l’artiste a perdu. » Lorsqu’il a écrit ce tweet, à la fin novembre, l’humoriste indien Munawar Faruqui n’avait certainement plus le cœur à rire. Une fois encore, le spectacle qu’il devait donner le soir même à Bangalore, dans le sud de l’Inde, a été annulé. Des extrémistes hindous menaçaient de perturber le show. Et dans cet Etat dirigé par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), celui du premier ministre, Narendra Modi, la police a préféré annuler l’événement, qualifiant Munawar Faruqui de « figure controversée ».

En début d’année, l’humoriste, de confession musulmane, a passé 36 jours en prison à cause d’une blague qu’il n’a pas jouée sur scène mais qu’il avait mise en ligne en avril 2020 sur YouTube dans une vidéo effacée depuis. Le 1er janvier, des membres d’un groupe extrémiste avaient fait irruption dans un café où il se produisait l’accusant d’avoir insulté des dieux hindous, ainsi que le très puissant Amit Shah, ministre de l’intérieur et bras droit du premier ministre. Il n’en a pas fallu davantage pour que Munawar Faruqui soit arrêté. Après plus d’un mois derrière les barreaux, la Cour suprême lui a finalement accordé une libération sous caution.

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Aujourd’hui, le jeune artiste de 29 ans originaire de l’Etat du Gujarat, dans l’ouest du pays, tire sa révérence. Les attaques incessantes dont il fait l’objet, auront eu raison de sa carrière. Au cours des deux derniers mois, Munawar Faruqui a dû renoncer à monter sur scène douze fois. Y compris à Bombay, capitale du divertissement en Inde, où le Bajrang Dal, une organisation radicale hindoue, menaçait de mettre le feu à la salle de spectacle si la représentation de Munawar Faruqui était maintenue.

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La nouvelle a provoqué la stupeur du public, des humoristes et d’une partie de l’opposition politique. « Si mon nom était Faruqui, je n’oserais jamais faire toutes les blagues que je fais sur les partisans du premier ministre Narendra Modi et les bigots hindous », déplore l’humoriste Arpit Sharma. Beaucoup estiment que si Munawar Faruqui est harcelé de la sorte, c’est avant tout à cause de son identité religieuse.

Deux Inde que tout oppose

Mais d’autres humoristes, pourtant non musulmans, ont aussi fini par être pris pour cibles. Quelques jours après l’annulation de la représentation de Munawar Faruqui, un autre comédien a dû renoncer à se produire à Bangalore. « Nous pouvons trouver une forme de réconfort dans le fait que la classe dirigeante essaie au moins d’opprimer avec une logique d’égalité », a lancé Kunal Kamra, lui aussi dans la ligne de mire des extrémistes hindous pour avoir pris, quelques jours plus tôt, la défense de Munawar Faruqui. « Si vous dites quoi que ce soit contre les personnes au pouvoir ou leur politique, vous pouvez être certains d’être pris pour cible et au rythme où vont les choses, bientôt, il n’y aura personne pour questionner le gouvernement », regrette Arpit Sharma.

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En Inde, les extrémistes hindous ne plaisantent pas avec l’humour

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