En Bosnie, la République serbe fait un pas vers le séparatisme

La République serbe a mis ses menaces à exécution en faisant adopter par son Parlement, vendredi 10 décembre, des lois la séparant de l’Etat central de Bosnie-Herzégovine. Comme annoncé par l’élu serbe à la présidence tripartite de Bosnie, Milorad Dodik, ces lois, applicables dans un délai de six mois, concernent la défense (armée et services de renseignement), la justice et la fiscalité. Si elles étaient appliquées en juin 2022, cela mènerait de facto le camp nationaliste bosno-serbe à faire sécession de Sarajevo. La dernière fois qu’un tel plan serbe a été mis en œuvre, il y a trente ans, ce fut la guerre.

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Pour Milorad Dodik, la période de six mois qui s’ouvre « montrera si la Bosnie-Herzégovine peut survivre ». Lui « pense qu’elle ne le peut pas », a-t-il rappelé devant les députés. L’homme fort de Banja Luka réclame le retrait des 142 lois adoptées depuis l’accord de paix de Dayton de 1995 pour renforcer l’Etat central au détriment des deux entités qui forment le pays – la République serbe et la Fédération croato-bosniaque –, et ne reconnaît plus l’autorité du haut représentant international en Bosnie, Christian Schmidt.

« Attaque contre la paix »

L’échec de M. Dodik vendredi au Parlement de Banja Luka, le chef-lieu de la République serbe, fut de ne pas avoir convaincu les forces d’opposition bosno-serbes de le suivre. Le chef de l’opposition, Mirko Sarovic, a estimé que « la voie choisie par M. Dodik est dangereuse », et que « celui qui croit pouvoir faire cela sans la guerre se trompe ». Ironie de la vie politique, M. Sarovic dirige aujourd’hui le Parti démocratique serbe (SDS), créé par Radovan Karadzic, le chef politique bosno-serbe des années de guerre, donc le parti qui fit sécession en 1992 et déclencha, sur ordre de Belgrade, la guerre de Bosnie. Les décisions ont cette fois été votées par les seuls députés du Parti des sociaux-démocrates indépendants (SNSD) de M. Dodik.

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Les deux autres coprésidents de Bosnie ont réagi à la menace. Sefik Dzaferovic, élu bosniaque musulman nationaliste, a estimé que « l’attaque contre l’Etat et contre l’ordre constitutionnel est une attaque contre la paix ». Zeljko Komsic, élu croate non nationaliste, qui représente une ligne pour une Bosnie unitaire, a appelé la Cour constitutionnelle à « poursuivre les responsables » de cette menace séparatiste.

Le fait que Milorad Dodik mette ses menaces à exécution est un échec pour l’artisan de l’accord de Dayton, les Etats-Unis, ainsi que pour l’Union européenne (UE), qui a pris le relais des forces de l’OTAN pour garantir la paix en Bosnie. Tandis que M. Dodik est fortement soutenu d’un côté par la Serbie et la Russie, et de l’autre côté par les forces nationalistes bosno-croates et par la Croatie, l’UE ne semble pas avoir le poids politique nécessaire pour stopper le processus séparatiste. Elle-même est divisée, certains dirigeants européens nationalistes, tels ceux de Hongrie ou de Slovénie, soutenant aussi M. Dodik. Maintenir la paix en ex-Yougoslavie sera donc, jusqu’en juin 2022, un des défis majeurs de la présidence française de l’UE.

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