D’île en île : la sélection musicale du « Monde Afrique » #83

Chaque mercredi, Le Monde Afrique vous présente trois nouveautés musicales issues ou inspirées du continent. Cette semaine, direction la Réunion, où se tient actuellement le Marché des musiques de l’océan Indien (Iomma), du lundi 6 au jeudi 9 décembre à Saint-Pierre (sud). Cet événement, organisé par l’association Scènes australes avec le soutien de différents partenaires (la région, l’Union européenne, le ministère français de la culture, le Centre national de la musique, la Sacem…), vise à professionnaliser l’industrie musicale dans cet espace réunissant des pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, mais aussi les îles qui leur font face.

Le Iomma a été créé en 2011 par l’entrepreneur culturel Jérôme Galabert, également fondateur du festival Sakifo (qui se tient de vendredi à dimanche), « afin de répondre à une problématique majeure sur un territoire microscopique et à l’écart du monde : celle de l’export », explique Eric « Blanc-Blanc » Juret, son actuel directeur. Afin de connecter les scènes locales de l’océan Indien avec les réseaux internationaux, une centaine de professionnels (artistes, producteurs, tourneurs, responsables de labels, journalistes…) se croisent durant quatre jours lors de rencontres, conférences et showcases. Un travail de coopération régionale qui ne se limite pas à ce rendez-vous annuel, puisque les échanges entre les filières musicales des pays de la zone se poursuivent le reste de l’année sous la forme de tournées d’artistes ou de formations.

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« Musicalement, l’océan Indien recouvre des styles très hétérogènes, souligne Eric Juret. Mais ceux-ci portent des cultures qui se retrouvent toutes à la Réunion à travers les différents peuplements liés à son histoire : européen, malgache, mozambicain, indien, chinois… » Au-delà des genres musicaux propres à chaque pays, « tous les styles sont représentés au Iomma », y compris le hard-rock avec le groupe malgache Loharano, qui s’y est produit mardi soir après avoir électrisé le festival des Trans Musicales de Rennes quelques jours plus tôt. « On peut bien sûr retrouver des colorations liées à un territoire donné, précise le directeur. Mais on veut éviter de tomber dans le cliché du folklore. C’est avant tout la qualité artistique qui prime. »

Parmi les artistes représentés cette année au Iomma (ou qui devaient l’être, certains ayant dû annuler leur venue au dernier moment pour cause de restrictions sanitaires liées à la présence du variant Omicron dans la région), quelques-uns sont bien connus du Monde Afrique : le Comorien Ahamada Smis, les Réunionnais Gwendoline Absalon, Aurus et Trans Kabar, auxquels il faut ajouter des découvertes comme le Mozambicain TRKZ, les Malgaches du groupe Nainako ou le Kényan Kabeaushé.

Pour l’occasion, nous avons sélectionné trois autres chanteurs initialement programmés au Iomma et/ou au Sakifo. Ils s’appellent Blakkayo, Elijah et Pix’L et sont respectivement originaires de Maurice, des Seychelles et de la Réunion.

« Whine Sa Slowly », de Blakkayo (feat. General Love)

Au croisement du reggae et du séga, un genre musical hérité de l’esclavage et présent de la Réunion aux Seychelles, Jean-Clario Gateaux alias « Blakkayo » fait du seggae. Originaire du nord-est de l’île Maurice, cet ancien membre des Otentik Street Brothers a fait paraître en mars le double album Soz Serye (qu’on pourrait traduire par « Passons aux choses sérieuses »), qui compte vingt-deux titres dans lesquels il raconte le quotidien d’une vie insulaire.

Parmi ceux-ci, le langoureux Whine Sa Slowly, en duo avec General Love : un morceau dédié à toutes celles, dit-il, « qui font chavirer nos têtes avec leurs pas de danse enfiévrés »… Blakkayo, qui n’a finalement pas pu se rendre au Iomma et au Sakifo, fait partie des dix finalistes du prix Découvertes RFI 2021, dont le lauréat sera désigné le 17 décembre.

« Bébé », d’Elijah

On le retrouve sur l’album de Blakkayo dans le morceau Zanfan de Zil (« enfants des îles ») : Stephen Eliza alias « Elijah » vient des Seychelles, où il a créé le « kamtoragg », fusion de ragga et d’un genre propre à l’archipel, le kamtole, version créolisée des danses de salon importées au début du XIXsiècle par les Français de l’île Bourbon (l’actuelle Réunion).

En 2018, il a sorti l’album Tanpet avec le groupe mauricien Otentik Groove, puis cette année l’opus Infinity avec Linzy Bacbotte, elle aussi mauricienne. Dans le morceau Bébé, il chante : « Quoi que tu puisses faire, même dans la colère, ton nom est gravé dans mon cœur, tu resteras toujours mon bébé… » Lui non plus n’a finalement pas pu faire le déplacement à la Réunion.

« Je sais », de Pix’L (feat. Kenyon)

On termine cette sélection avec le local de l’étape, Pix’L, qui sera bien présent, lui, sur la scène du festival Sakifo, vendredi 10 novembre à 19 heures. Originaire de l’ouest de la Réunion et né d’un père mauricien, cet artiste aux longues dreadlocks et à la voix rocailleuse, qui navigue entre reggae, dancehall et hip-hop, a fait ses premières armes, encore lycéen, au sein du groupe Rask, en 2007, avant de sortir en 2016 son premier album solo, Nouveau départ.

Dans son dernier clip en date, Je sais, il invite le jeune chanteur et rappeur rennais Kenyon pour s’étendre sur les différences de perception et les attentes déçues au sein d’un couple quand ses membres ne sont pas fidèles à l’image qu’ils se font l’un de l’autre.

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Retrouvez tous les coups de cœur musicaux de la rédaction dans la playlist YouTube du Monde Afrique.

C’est Sakifo !

Il y aura du beau monde sur les scènes du Sakifo Musik Festival, à Saint-Pierre, du vendredi 10 au dimanche 12 décembre. Une quarantaine de groupes et artistes sont à l’affiche de cet événement créé en 2004. Annulé en 2020 pour cause de Covid-19, le doyen des festivals réunionnais réunit dans le sud de l’île, année après année, des musiciens locaux, régionaux et internationaux.

Pour cette 17édition seront ainsi présents, parmi les Africains, les incontournables Angélique Kidjo (Bénin) et Fatoumata Diawara (Mali), mais aussi Blick Bassy et Sandra Nkaké (Cameroun), Cheikh Ibra Fam (Sénégal), Mariama (Sierra Leone), Danielle Swagger (Botswana), Sofiane Saidi (Algérie) et le groupe Loharano (Madagascar). Sans oublier les Français, qu’ils soient de l’île ou de métropole, avec notamment le maloya de Christine Salem et de Bonbon Vodou. Comme l’indique en créole le nom du festival, c’est « ce qu’il faut », assurément, pour passer de bons moments.

Plus d’informations ici : www.sakifo.com

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D’île en île : la sélection musicale du « Monde Afrique » #83

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