Dans « No Démos ? », le projet européen ravivé par la philosophie

Livre. L’Europe, un corps politique sans peuple ? Autant dire sans âme. Le souverainisme le clame, et avec lui bien d’autres soulignent à quel point est devenu prégnant « le sentiment de dépossession démocratique » sur le continent face aux avancées de la technocratie bruxelloise. Dans son nouvel ouvrage, No Démos ? Souveraineté et démocratie à l’épreuve de l’Europe, la philosophe Céline Spector estime urgent de répondre au défi lancé par cette critique radicale de l’Union européenne, dont le Brexit est une manifestation et qui peut s’incarner à travers la candidature à la présidentielle de figures telles Arnaud Montebourg ou Eric Zemmour, demandant, chacun de façon bien différente, un retour à la nation.

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Céline Spector engage donc une réflexion sur la souveraineté, trop souvent présentée comme étant nécessairement indivisible. En s’appuyant sur Montesquieu et la constitution imaginée par les Pères fondateurs des Etats-Unis, et contre Rousseau et la souveraineté absolue du peuple, la philosophe démontre que la souveraineté peut être partagée : pensons à l’équilibre des pouvoirs créés au sein des institutions américaines. Au sein de l’Europe, cela pourrait par exemple vouloir dire prendre acte du fait que l’Union est déjà une forme de fédération, mais au sein de laquelle il faut remettre d’aplomb le partage des pouvoirs. Pour le moment, le Conseil européen, et le principe d’unanimité qui y prévaut, est sans doute trop puissant. Mieux vaut en faire, avec le Parlement européen, l’incarnation du pouvoir législatif, tandis que l’exécutif reviendrait pleinement à la Commission européenne. Mais l’Europe ne prétendrait pas pour autant à capter l’ensemble de la puissance du politique, elle prévoirait un droit de veto « sur les intérêts vitaux » des Etats membres, de même un droit de sécession doit-il être adopté.

Volonté populaire plutôt que règle d’or

Avec ce nouveau partage des pouvoirs, et un renforcement des pouvoirs du Parlement européen, les citoyens pourraient avoir la conviction que la loi peut être modifiée en accord avec la volonté populaire. Une politique sociale et budgétaire pourrait être définie sur la base de choix démocratiques, et non d’une règle d’or inscrite dans des traités, décidés uniquement par le Conseil et définis par des technocrates, dans un geste ressenti comme une confiscation du pouvoir par les élites.

Mais le partage du pouvoir au sein d’une république fédérative européenne ne suffit pas à refonder la souveraineté au sein de l’Union. Il faut encore lui accorder différents domaines d’action, afin qu’elle puisse véritablement prendre corps et susciter l’adhésion des citoyens européens. Céline Spector prône une solidarité renouvelée au sein de l’Union par la défense plus forte de droits fondamentaux, sociaux et environnementaux, une nécessité à l’ère de la mondialisation et du changement climatique. Sa brillante réflexion philosophique va bien plus loin que ce bref résumé de ses propositions. A travers un retour sur les idées, elle parvient à redonner consistance au projet européen alors qu’il n’a jamais été autant malmené. Elle souhaite surtout le voir se remettre au service du bien commun, notamment par la mise en branle d’un Green New Deal.

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