Dans le camp de réfugiés de Lesbos, le pape François attendu avec impatience

Dans la capitale de Lesbos, Mytilène, un chœur entonne avec ferveur un chant en français : « Jésus, berger de toute l’humanité, tu es venu chercher ceux qui étaient perdus. » Cachée derrière un porche donnant sur une artère commerçante, l’église catholique romaine Notre-Dame-de-l’Assomption, construite en 1843 par des franciscains, est pleine ce 27 novembre, comme tous les samedis après-midi. Parmi la foule, une grande majorité de demandeurs d’asile d’Afrique francophone qui se sentent « perdus », « abandonnés à [leur] sort » dans le camp de Mavrovouni situé à 6 kilomètres. Tous disent attendre avec impatience la venue du pape, prévue dimanche.

La chapelle, qui connaît depuis quelques années une seconde vie grâce aux réfugiés – car, à Lesbos, comme dans toute la Grèce, près de 90 % de la population est orthodoxe – est un havre de paix dans leur quotidien ponctué, depuis la pandémie de Covid-19, de longs moments d’enfermement.

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Le dimanche, les autorités grecques ne laissent pas les réfugiés sortir du camp. Les plus de deux mille migrants qui s’y trouvent ne peuvent d’ailleurs se rendre en ville qu’une fois par semaine. « [Venir à la messe le samedi,]  c’est le moyen de s’échapper de cette prison, de retrouver une communauté et de prier ensemble pour que notre situation s’améliore », explique Berthe N’Goyo, une Camerounaise. La jeune femme a échappé de peu, il y a trois mois, à un refoulement illégal des gardes-côtes grecs vers la Turquie. Depuis des mois, ces pratiques, contraires au droit international, qui consistent à empêcher le dépôt d’une demande d’asile sur le sol grec et à repousser les exilés vers les eaux territoriales turques, se sont multipliées, selon les ONG et le Haut-Commissariat aux réfugiés.

« Grand cimetière »

Le soir, alors que le camp est entouré par la mer, que sa tente vibre sous les vents violents, Berthe ne trouve pas le sommeil. « Des soucis, on en a : l’incertitude de l’avenir, les conditions de vie, le manque d’argent et de nourriture, les problèmes au pays », renchérit Enice Kiaku, une Congolaise affirmant avoir été victime de violence sexuelle dans l’ancien camp de Moria, parti en fumée en septembre 2020. « Il faut se raccrocher à quelque chose pour ne pas devenir folle. La prière m’aide », ajoute-t-elle. Dimanche, Berthe et Enice veulent absolument rencontrer le pape François qui se rendra dans le camp pour prononcer l’angélus, mais ne s’entretiendra qu’avec trois réfugiés.

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En avril 2016, le souverain pontife est rentré de Lesbos avec douze demandeurs d’asile syriens. « Ce que j’ai vu aujourd’hui était à pleurer (…). Nous ne devons pas oublier que les émigrants, avant d’être des numéros, sont des personnes, des visages, des noms, des histoires », avait-il alors déclaré. En décembre 2019, il avait aussi accueilli au Vatican trente-trois migrants, grâce à un couloir humanitaire.

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