Aux Pays-Bas, l’enquête impossible sur l’attaque du vol MH17 de la Malaysia Airlines

Après trois jours de réquisitoire marathon, c’est par les applaudissements de proches de victimes du crash du MH17 que l’équipe de procureurs a été accueillie, dans une petite pièce attenante à la salle d’audience du tribunal de Schiphol, aux Pays-Bas, mercredi 22 décembre. L’accusation vient alors tout juste de requérir quatre condamnations à perpétuité contre les trois accusés russes et leur comparse ukrainien, pour le tir d’un missile sol-air sur l’appareil de la Malaysian Airlines, le 17 juillet 2014, et le meurtre de ses 298 passagers. Selon le procureur Thijs Berger, les chefs séparatistes du Donbass auraient voulu cibler les avions de l’armée de l’air ukrainienne. Mais pour Thijs Berger, « peu importe qu’ils n’aient pas eu l’intention [d’abattre le MH17], ou qu’il s’agisse d’une négligence », les quatre accusés méritent la perpétuité.

Ouvert en mars 2020, le procès est dans sa dernière étape. En mars 2022, la défense d’Oleg Poulatov plaidera à son tour. L’ancien chef de bataillon est le seul à avoir désigné des avocats pour le représenter. Et comme lui, ni Sergueï Doubinski, ni Igor Guirkine, deux anciens officiers des renseignements militaires russes (GRU), ni même l’Ukrainien Leonid Khartchenko n’ont été extradés vers les Pays-Bas.

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La Russie a toujours nié son soutien aux séparatistes du Donbass, opposés depuis 2014 au pouvoir ukrainien. Dans l’affaire du MH17, le procureur est formel et les preuves convaincantes : l’arme du crime, un missile BUK, est venue d’une base militaire russe proche de l’Ukraine. Dans les derniers mois précédant le réquisitoire du procureur, prononcé du 20 au 22 décembre, le juge d’instruction a réclamé l’audition de Sergueï Mutskayev, le commandant de la 53e brigade antiaérienne de Koursk. Mais début décembre, Moscou répondait qu’un tel interrogatoire nuirait aux intérêts vitaux du pays.

Le baroud d’honneur d’un appel à témoins

Or, s’il estime avoir bien ciblé les quatre auteurs clés de l’affaire, le procureur s’interroge néanmoins toujours sur l’origine de la décision visant à fournir aux séparatistes l’arme du crime, le système de défense antiaérien qu’ils réclamaient. En septembre, la police néerlandaise s’adressait, par communiqué, aux habitants de la ville garnison de Koursk : « Nous voudrions savoir qui, au sein de la 53e brigade antiaérienne a pris la décision d’envoyer un système de missiles BUK en Ukraine ? », peut-on lire dans la lettre. Et si le responsable faisait partie de l’équipe qui a convoyé le missile et son lanceur jusqu’à l’Ukraine, le 16 juillet 2014, ou s’il était « plus haut placé dans la hiérarchie » ? Un appel à témoins, comme un baroud d’honneur du ministère public qui, au terme de sept années d’enquête, n’a pas obtenu la réponse. L’audition du commandant de la base de Koursk n’est pas le seul refus opposé par Moscou au procureur, qui n’a jamais pu procéder aux interrogatoires d’Igor Guirkine et de Sergueï Doubinski.

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