« Aux Etats-Unis, le racisme a pris une forme insidieuse qui conditionne la politique économique du Parti républicain depuis les années 1960 »

Chronique. La rhétorique propétainiste du candidat à l’élection présidentielle Eric Zemmour choque et fait couler beaucoup d’encre. De la même manière que celle, xénophobe, du candidat Donald Trump lors de la présidentielle américaine en 2016. Ces rhétoriques marquent-elles une réelle rupture dans le paysage politique ? Ou sont-elles simplement l’aggravation d’une tendance amorcée depuis des décennies, mais d’une façon beaucoup plus subtile ?

Aux Etats-Unis, les opinions racistes sur les Afro-Américains constituaient la norme dans le discours politique jusqu’au milieu du XXe siècle. Dans le sud des Etats-Unis, à l’issue de la guerre civile, les lois dites « Jim Crow » entravèrent l’exercice du droit de vote par les Noirs et formalisèrent la ségrégation entre Noirs et Blancs. « Jim Crow » est le titre d’une chanson populaire dans laquelle l’interprète se grimait en noir pour se moquer des Afro-Américains. Le système ségrégationniste ne fut démantelé que grâce au mouvement des droits civiques et à la ratification du Civil Rights Act par le Congrès, en 1964. Depuis lors, il est devenu politiquement inacceptable de tenir un discours ouvertement raciste. Aucun candidat ne s’y est risqué. Même Donald Trump n’a jamais tenu de discours directement agressif envers les Afro-Américains.

« Le langage ségrégationniste s’insinue principalement dans les discours relatifs aux politiques qui concernent la minorité afro-américaine »

Mais le racisme et les vues ségrégationnistes n’ont pas disparu pour autant. Ils ont simplement pris une autre forme, cachée et insidieuse, qui conditionne la politique économique du Parti républicain depuis les années 1960. C’est ce que révèle l’analyse statistique de l’ensemble des discours au Congrès américain depuis 1947 par l’économiste américain Chris Becker (« The Rise of Jim Crow Rhetoric in Republican Economic Speeches », Stanford Mimeo, 2021).

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Dans un premier temps, l’auteur identifie les phrases-clés qui caractérisaient les discours des ségrégationnistes. Parmi celles-ci figurent des références clairement racistes, mais aussi plus abstraites, aux droits des Etats fédérés américains et à l’antifédéralisme. Puis, il étudie l’usage de ces phrases-clés dans les discours de politique économique au fil du temps. Bien sûr, le langage a beaucoup changé depuis les années 1950, et certaines phrases ne sont plus du tout usitées. Cependant, les données montrent clairement qu’à partir des années 1960, ces phrases abondent dans les discours économiques des républicains, comparativement à ceux des démocrates, mais dans leur forme abstraite plutôt que directement raciste. Cela est d’autant plus paradoxal qu’avant le Civil Rights Act de 1964, ce sont bien les démocrates du Sud qui défendaient le système ségrégationniste. Cette récupération d’un discours qui, même sous une forme apparemment innocente, n’en appelle pas moins aux valeurs racistes, a sans doute permis aux républicains de capter les voix des anciens démocrates déçus de la « trahison » du Civil Rights Act.

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« Aux Etats-Unis, le racisme a pris une forme insidieuse qui conditionne la politique économique du Parti républicain depuis les années 1960 »

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