Au Cameroun, une nouvelle vague répressive frappe les opposants

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Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), principal parti d’opposition du pays, à Paris le 30 janvier 2020.

Une nouvelle chape de plomb s’abat sur l’opposition camerounaise alors que les condamnations s’enchaînent pour les cadres, membres et sympathisants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), le parti de Maurice Kamto, principal opposant à Paul Biya, président du pays depuis trente-neuf ans.

Lundi 27 décembre, plus de 35 personnes, arrêtées dans le cadre des « marches pacifiques » organisées par le MRC et plusieurs autres formations politiques le 22 septembre 2020, ont été condamnées à des peines allant d’un à sept ans de prison ferme par le tribunal militaire de Yaoundé, la capitale du pays.

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Le professeur Alain Fogue, trésorier du parti et Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, ont écopé des peines les plus lourdes, soit sept ans d’emprisonnement. Vingt-quatre heures plus tard, le même verdict a été rendu à l’encontre de Mispa Awasum, avocate au barreau du Cameroun et présidente nationale des femmes du MRC, ainsi que d’un cadre et cinq autres militants. Accusés, entre autres, de « rébellion », « attroupement », « insurrection », tous ont été condamnés en l’absence de leur collectif d’avocats.

En septembre dernier, ceux-ci avaient renoncé à défendre les 124 militants actuellement en détention (plus de 500 avaient été interpellés en 2020) face « à l’impossible accès à une justice équitable », « l’absence d’indépendance des juges civils, administratifs ou militaires » ou encore « le refus systématique et manifeste d’employer la loi ». « Le collectif déclare ne pouvoir s’associer à l’arbitraire et à l’illégalité, et prend la lourde et délicate décision de son retrait des procédures en cours », précisaient les avocats dans une déclaration.

« Neutraliser l’adversaire »

« Comment quelqu’un arrêté chez lui comme Bibou Nissack peut-il être accusé d’attroupement ? Certains ont manifesté à Bafoussam (ouest). Peuvent-ils faire un coup d’Etat contre Monsieur Biya en étant à Bafoussam ou à Douala ? », dénonce, l’un des conseils qui assure que « ces décisions (les condamnations) ont été commandées depuis la présidence de la République ».

En septembre, Maurice Kamto, arrivé officiellement deuxième lors de l’élection présidentielle de 2018 et qui revendique depuis la victoire, affirmait au Monde Afrique que le pouvoir de Yaoundé souhaitait « la décapitation » du MRC.

« L’objectif principal était de nous anéantir en tant que parti politique. Apparemment, il y aurait eu un débat interne pour savoir si on dissout le parti ou si on procède autrement. Ils ont décidé de procéder autrement », assurait celui qui a passé huit mois en détention à la prison de Kondengui en 2019 et plus de deux mois en résidence surveillée en 2020. Début décembre, alors en visite à Douala, la capitale économique du pays, pour dédicacer ses livres et visiter des militants emprisonnés, il avait été retenu à son hôtel par les forces de sécurité camerounaises.

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D’après l’analyste politique Aristide Mono, ces menaces, arrestations ou condamnations d’opposants et détracteurs du gouvernement visent à « neutraliser subtilement l’adversaire et, en même temps, envoyer un message d’intimidation à tous ceux qui nourrissent des ambitions d’opposition radicale ».

Il s’agit ainsi de provoquer de « l’autocensure chez ceux qui seraient tentés par la contestation de l’ordre au pouvoir », ce qui, selon ce chercheur associé au Centre d’études et de recherches pluridisciplinaires sur l’esclavage et la traite en Afrique, est cohérent avec « les ambitions de perpétuation au pouvoir nourries par le régime du président Biya ».

Dans une déclaration conjointe parue en septembre, Amnesty International et Human Rights Watch dénonçaient les sévices infligés aux opposants emprisonnés. « La plupart des militants du MRC ont subi des tortures et mauvais traitements avec des simulations de noyade, certains ont été frappés. Des détenus malades ont été enchaînés à des lits d’hôpitaux », décrit Fabien Offner, spécialiste de l’Afrique centrale et de l’ouest chez Amnesty International. Le Cameroun réprime avec « une constance assez effrayante toutes les libertés individuelles », déplore le chercheur.

Tirer parti de la CAN

Les cas de journalistes, défenseurs des droits de l’homme ou opposants poursuivis en justice ne cessent de s’accumuler. Beaucoup sont jugés au tribunal militaire, notamment depuis l’adoption de la loi antiterroriste en 2014, au plus fort des attaques du groupe terroriste Boko Haram dans l’Extrême-nord du Cameroun. Au point que des voix s’élèvent pour dénoncer une « instrumentalisation » du texte visant à « maintenir en détention indéfiniment » des civils.

En septembre 2020, quatre membres du collectif de la société civile Stand Up for Cameroon ont été arrêtés à la sortie de leur réunion hebdomadaire « Vendredi en noir », initiée en 2016 pour protester contre les problèmes de gouvernance. Détenus à la prison de New-Bell à Douala et jugés au tribunal militaire, ils ont été reconnus coupables d’« insurrection » et condamnés jeudi 30 décembre à seize mois de détention et au paiement de 376 000 francs CFA (quelque 570 euros).

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« On cherche en vain des moments où les Camerounais sont libres de s’exprimer, de critiquer, de manifester. Ces moments n’existent pas sauf pour les militants du pouvoir », se désole Fabien Offner.

A huit jours du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), le 9 janvier, Aristide Mono assure que l’opposition pourrait tirer parti de cet événement organisé par le Cameroun et couvert par des médias internationaux. Selon l’analyste, la compétition pourrait susciter des actions surprise et spontanées pour faire passer des messages « hostiles au régime » ou improviser des petites marches de protestation.

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