July 29, 2021

Un commando encapuchonné ouvre le feu sur le quartier Dr-Ayme et tire sur la police

Une quinzaine d’individus armés ont ouvert le feu à Cavaillon samedi soir. (captures d’écran / DR)

Une quinzaine d’hommes armés et cagoulés ont fait irruption samedi soir dans le quartier Dr-Ayme à Cavaillon (Vaucluse). Ils ont attaqué un autre groupe d’une dizaine d’individus et ont ouvert le feu à plusieurs reprises. Les agresseurs ont également tiré sur la police alors qu’ils s’enfuyaient. Trois suspects ont été interpellés, ils ont été déférés ce lundi soir. Histoire.

Scène surréaliste et glaçante ce samedi soir dans le quartier Dr-Ayme à Cavaillon, alors même que familles et enfants profitaient de cette soirée d’été. Des hommes tout de noir vêtus, cagoulés et lourdement armés, ont débarqué vers 21h30 dans deux voitures. Ils sont venus attaquer un autre groupe de dix jeunes hommes. Ce dernier aurait été ligoté avec des serflexes (pinces en plastique, ndlr), puis battus, décrit une source proche de l’enquête. Certains auraient également été battus avec des couteaux.

Les assaillants ont ouvert le feu à plusieurs reprises, sans faire de blessés. Des habitants paniqués ont alerté la police. Plusieurs vidéos amateurs ont été postées sur les réseaux sociaux, on peut apercevoir le commando dont certains membres sont équipés d’une arme longue. Il est également possible d’entendre de nombreux coups de feu.

Des policiers visés par des tirs

C’est une équipe de sauvetage de la police qui est arrivée dans le quartier en premier. Les individus armés ont ensuite regagné les véhicules avec lesquels ils étaient arrivés, un Range-Rover SUV et une Peugeot 208. Les policiers se sont lancés à leur poursuite. Un peu plus loin, un des passagers a ouvert le feu à au moins quatre reprises sur le véhicule de police selon la même source. Heureusement, la voiture des fonctionnaires n’a pas été touchée. Les fugitifs ont disparu.

Le SUV Range-Rover a été découvert en feu vers 22h30 sur le chemin de la Sacristie, à Avignon. Puis vers minuit, c’est la Peugeot 208 – déclarée volée – qui a été retrouvée carbonisée sur la commune de Châteauneuf-de-Gadagne.

La police judiciaire a été rapidement saisie de cette enquête. Les premiers éléments du dossier montraient qu’au moment des faits, le groupe de victimes s’apprêtait à vendre et était venu se procurer des stupéfiants. Une dizaine de holsters de calibres 5,56 et 9 mm ont été retrouvés sur place, mais il n’y a pas eu de blessés.

Mitraillette Uzi abandonnée dans la rue

Au pied d’un immeuble du quartier Dr-Ayme, la police a découvert peu après une mitraillette semi-automatique de type Uzi, qui avait été abandonnée. D’autres perquisitions ont conduit les fonctionnaires à un appartement où ils ont arrêté trois suspects. Âgés de 16, 19 et 20 ans et tous connus de la police, ils ont été placés en garde à vue. Le trio est accusé d’avoir participé à cette rafle qui semblait bien préparée, et de s’être réfugié dans ce logement à l’arrivée de la police. Lors de la perquisition, une arme de poing, un gilet pare-balles et des serflexes ont été saisis, ainsi qu’un couteau qui aurait été utilisé par le commando.

Un peu plus tard, la police a été informée qu’un jeune homme de 21 ans se trouvait à l’hôpital et faisait partie du groupe de victimes. Blessé au visage et d’un coup de couteau, sa vie n’est pas en danger. “Ce commando venait du quartier de Saint-Chamand à Avignon, ce ne sont ni plus ni moins des faits liés à un trafic de drogue et une guerre de territoire”, détaille une source policière. Depuis l’assassinat de Tarik M., 35 ans, tué d’une vingtaine de coups de feu alors qu’il était seul dans sa voiture en avril dernier, « Les trafiquants tentent de récupérer le terrain et donc les points de vente que cette tête de réseau occupait », glisse cette même source.

Les trois suspects ont été déférés au tribunal d’Avignon lundi soir. Leurs complices sont recherchés. Une information judiciaire a également été ouverte sur les chefs de « violences aggravées, trafic de drogue, association de malfaiteurs et tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique ».

« La résidence du docteur Ayme est sillonnée de postes de contrôle avec des hommes lourdement armés qui contrôlent les personnes qui entrent dans la résidence »

Du côté des habitants, c’est le désarroi le plus complet. Ces derniers ont décidé de publier un communiqué sur la situation dans le district du Dr-Ayme, qu’ils décrivent longuement. « C’est une soirée inédite pour les résidents de la résidence du docteur Ayme. Le niveau de violence atteint correspond à celui d’une véritable guérilla urbaine », précise le communiqué diffusé sur les réseaux sociaux. Lors des événements de samedi soir, de nombreux habitants « Prenez l’air paisiblement pour profiter d’un moment de fraîcheur. La place centrale de la résidence rassemble alors les jeunes enfants accompagnés de leurs parents. Plusieurs personnes âgées sont également présentes ».

« Du coup, plus d’une dizaine d’hommes armés arrivent avec plusieurs véhicules et tirent à l’arme automatique. La panique s’ensuit, où plusieurs personnes vulnérables trébuchent en tentant de fuir la zone », dites aux habitants. « Les enfants, les parents sont sous le choc et tentent de rentrer chez eux au plus vite sous une pluie de balles de gros calibre ».

Le communiqué de presse détaille ensuite une situation impensable survenue le lendemain. « Aujourd’hui dimanche 18 juillet 2021, la résidence du docteur Ayme est sillonnée d’un poste de contrôle avec des hommes lourdement armés qui contrôlent les personnes qui entrent dans la résidence. (…) Autrement dit, nous avons toute une population au sein de Cavaillon qui est prise en otage ce dimanche », peut-on lire. Puis vient un véritable appel à l’aide : « Les pensionnaires de la résidence du docteur Aymé appellent les personnes à la tête des établissements en charge des missions de sécurité publique à assumer pleinement leurs responsabilités pour assurer notre sécurité et nous libérer de cette prise d’otages ».

Le communiqué de presse des habitants.