July 24, 2021

Le monde politique marocain dans l’ombre de Pégase

Ministres, députés, chefs de partis… Au Maroc, les numéros d’un grand nombre de dirigeants politiques ont été sélectionnés pour un éventuel ciblage par le logiciel espion Pegasus. Et ce jusqu’aux plus hauts niveaux de l’Etat. Des chiffres attribués à deux ministres de haut rang, dont le Premier ministre Saad-Eddine El-Otmani, figurent dans la liste des cibles potentielles du logiciel espion.

Mais les numéros de téléphone présélectionnés d’une éventuelle infection par l’utilisateur de Pégase au Maroc concernent de larges pans du monde politique marocain, et notamment des élus du Parti Justice et Développement (PJD), vainqueur des élections législatives de 2016, désormais à la tête du gouvernement de coalition. Plusieurs cadres clés de ce parti islamiste, classé à droite, ont été ciblés par Pégase ces dernières années, dont Abdellah Bouanou, le chef du parti, Abdelali Hamieddine, un haut responsable, l’ancien maire de Tanger Samir Abdelmoula ou encore Ghassan Benchiheb, en en charge de la formation à la communication sur les réseaux sociaux et considérée comme l’un des principaux architectes de la très puissante présence en ligne du PJD.

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L’utilisateur marocain de Pegasus semble également s’être intéressé de très près aux personnalités qui divisent et aux scandales qui ont touché le PJD ces dernières années. Un numéro attribué à Hammad El-Kabbaj, candidat ultraconservateur et controversé investi par le parti, à Marrakech, en 2016, après un scandale moral au sein du PJD, a ainsi été retenu comme cible potentielle. A l’image d’un numéro d’Amina Maelainine, membre influent du PJD, ciblée par le spyware bien avant qu’elle ne fasse l’objet d’une virulente campagne de presse après la publication, début 2019, d’une photographie sur laquelle elle posait, sans hijab, devant le Moulin Rouge, à Paris, alors que son parti milite pour le port du voile.

Le Premier ministre Saad-Eddine El-Otmani devant le Parlement marocain, à Rabat, le 19 avril 2017.

Un autre mouvement islamiste marocain, Al Adl Wal Ihsane, fait également l’objet de beaucoup d’attention de la part du client Pegasus. Les effectifs d’au moins deux cadres importants de ce mouvement non-violent, qui remet en cause le rôle de commandeur des croyants attribué au roi par la constitution marocaine, ont été retenus comme cibles potentielles, dont celui d’Hassan Bennajeh, l’un de ses principaux dirigeants. Al Adl Wal Ihsane n’a pas vraiment d’existence légale au Maroc, mais le mouvement y est toléré.

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A cette liste déjà longue s’ajoutent les numéros des fondateurs de plusieurs mouvements d’opposition tout à fait légaux, comme celui d’Isaac Charia, président du Parti libéral marocain, et celui d’Omar Balafrej, fondateur du Mouvement Clarté Ambition Courage. Un numéro utilisé par Mohammed Ziane a également été retrouvé dans la liste. Mais il est difficile de savoir si ce dernier a intéressé les services de renseignement en tant que fondateur du Parti libéral marocain ou en tant qu’avocat, puisqu’il a notamment défendu le patron de presse Taoufik Bouachrine, condamné en appel, fin 2019, à quinze ans de prison. prison pour violences sexuelles, dans un procès qu’il avait dénoncé comme ” Politique “. M. Bouachrine et tout son entourage figurent également dans les listes de cibles potentielles de Pégase.

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