July 28, 2021

Martine Wonner, l’ancienne LREM isolée par ses dérapages complotistes

CHRISTOPHE ARCHAMBAULT via AFP

Martine Wonner, l’ex-LREM isolée par ses dérapages de tendance complotiste

POLITIQUE – La dernière aventure de Martine Wonner au Parlement ne fait plus sourire beaucoup. La députée du Bas-Rhin, qui a siégé pendant trois ans aux côtés des marcheurs à l’Assemblée nationale, est désormais en passe d’être évincée du groupe Libertés et Territoires, qui l’héberge depuis juin 2020. En cause : une nouvelle sortie de la route lors de la manifestation organisée à Paris, samedi 17 juillet, contre la prolongation du forfait santé.

Présent aux côtés de l’ancien FN Florian Philippot ou du chanteur Francis Lalanne, celui qui, de « rebelle » en Macronie est devenu l’égérie de la galaxie covid-sceptique sur la pandémie, a jugé bon d’exhorter les participants à « faire le siège des parlementaires » voire « envahissent leurs bureaux » pour exprimer leur désaccord.

« Nous n’accepterons jamais cette dictature », « nous devons refuser la ségrégation », a ainsi proclamé Martine Wonner depuis la tribune de cette manifestation aux slogans parfois très scandaleux. Autant de propos qui ont en tout cas poussé le patron des députés LREM Christophe Castaner à souhaiter la saisine de la justice, tandis que le groupe parlementaire Libertés et Territoires a demandé au député de quitter ses rangs. Quoi qu’il en soit, son exclusion devrait être confirmée ce mardi 20 juillet.

De l’aile gauche rebelle de LREM…

Si ses propos passent particulièrement mal au Palais Bourbon, c’est parce qu’ils interviennent à un moment où de nombreux députés font l’objet de menaces de mort, depuis les mesures annoncées par Emmanuel Macron. Richard Ferrand, dont la permanence a été envahie, a également annoncé jeudi 15 juillet avoir déposé une plainte en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, lorsque le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a demandé le lendemain de renforcer la protection des locaux. fonctionnaires élus.

Dans ce contexte pesant, Martine Wonner nie avoir promu la force. « Tu penses vraiment que j’appelle à la violence ? » Elle a réagi lundi sur RMC. « En fait, les citoyens m’ont interpellé et se sont offusqués car ils n’arrivent jamais à joindre leur député. Ils n’ont pas de réponse, alors ce que je leur ai dit, c’était d’aller dans les hotlines », explique le parlementaire, ajoutant toutefois : « le mot ‘envahir’ était peut-être sous le feu des critiques. action avec le micro à la main ».

Néanmoins, l’élue du Bas-Rhin n’en est pas à son premier dérapage ni, sans doute, à sa dernière farce en marge de la crise sanitaire, qui marque un véritable tournant dans sa carrière de parlementaire. Mais comment est-elle arrivée là ? Comment expliquer la radicalisation de cette psychiatre de formation dans son opposition à la politique d’un gouvernement qu’elle soutenait au début de son mandat ?

A 57 ans, la députée, mère de trois enfants, se définissait, en juin 2020, comme “une femme de combat, de terrain et de convictions”. Un « rebelle », selon ses propres termes, rapporté par Le monde lorsqu’il a été exclu du groupe LREM. Elle venait de dire non au premier plan du déconfinement, celui d’Édouard Philippe. En effet, bien avant ce crime de lèse-majesté, Martine Wonner a longtemps été membre des députés « se gratter » de la Macronie, votant contre l’extension du glyphosate en mai 2018, ainsi que contre la ratification du Ceta en juillet 2019. , après s’être abstenu sur l’emblématique loi sur l’asile et l’immigration.

… au documentaire complot « Hold-up »

Mais c’est à travers la pandémie de Covid-19 que l’élue alsacienne s’est fait un nom. A son tour, elle a pris position contre le masque (en s’efforçant de porter une demi-visière dans l’hémicycle, lorsque des études ont prouvé leur inefficacité) contre les vaccins à ARN messager (comme ceux de Pfizer et Moderna) ou pour l’autorisation de l’hydroxychloroquine, avec le collectif « Prescrivons-les ».

En novembre 2020, la députée avait également dit « assumer » sa participation au sulfureux documentaire « Hold-up », un fouillis de près de trois heures offrant une tribune aux récits complotistes de médecins, chercheurs et sociologues appuyés par un montage rythmé, le le tout sur fond de dénonciation d’une prétendue manipulation mondiale. A tel point que plusieurs garants politiques ou scientifiques du film, comme l’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, s’en sont dissociés. Pas Martine Wonner.

Alors complotiste, le docteur ? “Dès qu’on s’écarte de la stratégie gouvernementale, dès qu’on remet en cause les propos d’Olivier Véran, de Jean Castex ou du président de la République, on est immédiatement catégorisé comme complotiste ou complotiste”, a-t-elle regretté près de L’Obs quand le documentaire a paniqué les compteurs d’audience, ajoutant : « Je vais vous dire, je me dis que cela devient un adjectif de qualité. Le doute est fondamental ». Quelques semaines plus tard, elle a demandé à Conspiracy Watch, le site de l’Observatoire du complot et des théories du complot, de supprimer toute publication la concernant.

Mais, bien plus que ses questions, force est de constater que Martine Wonner a surtout été le relais de bien des contre-vérités au Palais Bourbon. Dans la nuit du 1er au 2 octobre par exemple, en trois minutes d’interventions, elle a affirmé que le virus perdait de sa virulence, que l’agence sanitaire américaine considérait que les masques “sont inutiles” ou que la Belgique allait autoriser l’azthromycine et hydroxychloroquine. Tout faux.

Le ministre de la Santé s’est aussi fait une spécialité de recadrer son ancien collègue dans l’hémicycle. Toujours en octobre dernier, Olivier Véran considérait ses propos comme “d’une totale gravité”, lorsqu’elle l’accusait de ” vouloir tuer des patients en réanimation ” avec sa gestion de l’épidémie de coronavirus. Rebelote quelques mois plus tard, en février lorsqu’il énumérait ses positions pour le moins controversées.

“Elle ne dit que des conneries”

Mais au-delà du monde politique, la députée du Bas-Rhin, qui devrait donc quitter son troisième groupe à l’Assemblée en quatre ans (dont l’éphémère groupe EDS), est aussi dans le viseur de la communauté scientifique. Début juin, le collectif de médecins #NoFakeMed, qui lutte contre la désinformation en santé, a demandé à l’Ordre des médecins de se pencher sur son cas, quand plusieurs chercheurs à la pointe du Covid-19 s’attachent sur Twitter pour abattre ses discours. pas à pas.

« Elle est psychiatre et députée. Elle a donc, hélas, une légitimité. Mais depuis le début de la crise, elle n’a fait que dire des conneries », couine à la Le HuffPost Mathias Wargon, directeur de l’Observatoire régional des soins non programmés d’Île-de-France et chef du service des urgences de Saint-Denis, qui rappelle également les nombreux sujets sur lesquels l’élu du Bas-Rhin a été épinglé par le communauté scientifique. “Sur les masques elle a dit n’importe quoi, comme sur l’hydroxychloroquine ou le remdesivir”, poursuit le médecin, pas surpris de la voir désormais aux côtés de Florian Philippot, Francis Lalanne “ou d’autres populistes adeptes de la désinformation”.

Pour Mathias Wargon, “le vrai problème, c’est le manque de réaction depuis plus d’un an”, notamment du côté du Conseil de l’Ordre des médecins ou de son groupe à l’Assemblée nationale. «Elle dirait n’importe quoi, mais puisqu’elle a dit qu’elle était médecin, ça allait. Or, sur un plan purement scientifique, c’est que dalle Martine Wonner », poursuit l’urgentiste, rappelant l’anecdote de sa « fausse étude » sur l’hydroxychloroquine publiée avec la gynécologue Violaine Guérin dans Journal asiatique de médecine et de santé. Une revue méconnue que les détracteurs du controversé député ont piégée en publiant un papier fou sur l’hydroxychloroquine et les accidents de scooter pour démontrer le manque de sérieux de cette publication.

Sollicité par Le HuffPost pour réagir à ces nombreuses critiques, Martine Wonner n’a pas donné suite. Tout comme plusieurs de ses futurs ex-collègues du groupe Libertés et Territoires. L’un d’eux a cependant répondu en énumérant les sujets “beaucoup plus importants” pour lui, dans l’espoir de voir bientôt ces polémiques derrière lui et les siens. Rassurez-vous, la députée du Bas-Rhin a été élue en 2017 avec la promesse de ne pas dépasser son mandat.

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