July 28, 2021

A Cannes 2021, “Red Rocket”, la triste épopée de Mikey Saber, acteur X

SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION

Il est – ou plutôt était – un beau gosse ; il s’exprime bien, devant des personnes qui ont du mal à construire une phrase ; il cache à peine son désir d’exploiter à son profit les faiblesses des uns, les pauvres richesses des autres ; il a l’air d’être enduit d’un film antiadhésif, il rit des insultes et prend les coups, se levant après chaque faux pas pour aller faire le mal un peu plus loin. Mais Fusée rouge Même si son histoire se déroule durant les quelques semaines qui ont séparé les conventions des deux grands partis américains de la présidentielle de 2016, son protagoniste n’est pas Donald Trump.

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Son nom n’est pas non plus Mikey Saber. Mais c’est sous ce nom de star du porno que les gens de sa ville natale du Texas le connaissent désormais. Vingt ans plus tôt, il avait quitté cette petite ville dominée par une raffinerie au bord du golfe du Mexique pour faire fortune à Los Angeles avec sa femme, Lexi. Là, il est devenu célèbre, collectionnant les trophées AVN, qui sont à la vidéo porno ce que les Oscars sont aux films. Et puis sa chance a tourné et, au début du film de Sean Baker, Mikey Saber revient à Texas City avec, pour tout héritage, un T-shirt, un jean et la ferme intention de embobiner tout le monde.

Sean Baker, qui fait ses débuts en compétition cannoise, lance ce triste père dans une comédie picaresque aux enjeux dérisoires, porté par la performance époustouflante de Simon Rex

Dans ce paysage de marais tropical où le pétrole a vaincu les mangroves, le réalisateur Sean Baker, qui fait ses débuts dans la compétition cannoise, lance ce triste père dans une comédie picaresque aux enjeux ridicules (on parle ici en centaines de dollars), portée par l’étonnante performance de Simon Rex, jusqu’ici acteur secondaire, dont le CV indique quelques incursions dans l’industrie du porno.

Cela pourrait être insupportable si l’on ne retrouvait pas ici l’intense empathie dont fait preuve le réalisateur de Mandarine (2015) et Le projet Floride (2017) à propos de ses personnages et de son prodigieux talent pour filmer ces espaces que personne ne veut regarder quand on les traverse. Après les parkings des fast-foods de Los Angeles, les motels décrépits d’Orlando, voici les pavillons misérables de Texas City, transfigurés par les regards que Baker et son directeur de la photographie, Drew Daniels, posent sur ces pelouses mitées, ces des rangées de magasins avec des enseignes déroutantes (fournitures de taxidermie ? À Texas City ?).

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