July 24, 2021

En Algérie, les motards se font une place sur la route

LETTRE D’ALGER

Lunettes de soleil, gilet en cuir et moto jamais loin, tous les codes sont là. Nous ne sommes pas sur la Route 66 aux Etats-Unis mais dans la banlieue ouest d’Alger, au « Biker Den ». Un lieu où les motards algériens aiment se retrouver pour acheter du matériel ou faire réparer leurs vélos. Sur les murs de Two Wheels, le café attenant, des affiches mettent en scène des motos de légende. Sur le parking, les sportives Harley-Davidson et Suzuki rugissent à l’arrivée des motards.

“En Algérie, il y a toutes sortes d’endroits qu’on ne soupçonne pas”, explique, amusé, Ahmed Menacer, président du club “Passion to Ride”. C’est en novembre 2020, lors d’une boucle de 3 400 kilomètres à travers les villes de Béchar, Taghit, Timimoun, dans le Sud algérien, que ce groupe de passionnés s’est réuni.

« Nous avons passé dix jours ensemble. Nous sommes allés dans le Sud dans le cadre d’une action humanitaire. Quand nous sommes rentrés à Alger, chacun s’est remis à son travail, ses études… Mais on ne voulait pas se perdre de vue, alors on a créé le groupe », dit Ahmed Menacer. Quel que soit le type de moto ou le milieu social du motard, « Ce sont ses valeurs qui nous intéressent », poursuit, d’une voix grave, ce fonctionnaire de 57 ans au crâne rasé.

A côté de lui, Anis, 30 ans, hoche la tête. « L’approche de notre club est qualitative. Les membres sont intégrés par un vote », précise le jeune homme pour qui la moto « Est-ce une affaire de famille ». Une famille, c’est ce qu’est devenu ce club composé de dix-huit membres. Moins d’un an après sa création, Passion to Ride a déjà organisé une dizaine de sorties sur les routes du pays.

Les femmes sur deux roues gagnent en visibilité

Pendant le voyage en voiture au sud, Hayet (le prénom a été changé à la demande de la personne) était la seule fille du groupe. Désormais, ils sont trois à faire partie de l’aventure.

Pour Hayet, 36 ans, l’année 2020, marquée par l’épidémie de Covid-19 et les confinements, a été un déclic. “J’ai passé la licence après avoir été avec un entraîneur passionné qui se fiche que vous soyez une fille, un garçon, gros ou mince, explique la petite jeune femme aux cheveux longs. Parfois, les automobilistes sont surpris, taquins. Les propos ne sont pas méchants, mais je fais en sorte de mettre mes cheveux dans le casque pour qu’on ne voie pas forcément que je suis une femme. “

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Elles sont encore peu nombreuses, mais les femmes à deux roues gagnent en visibilité sur les routes algériennes et sur les réseaux sociaux à travers des groupes de discussion. Si certains rejoignent des clubs, d’autres, comme Ikram Bencherif, préfèrent rouler seuls. « Je ne suis pas fan des groupes de motards, mais cela permet à certains de se sentir en confiance, entourés et soutenus. C’est important “, constate la jeune femme de 25 ans. A ses débuts, il y a trois ans, il a dû surmonter une certaine appréhension : «Je pensais que les Algériens pourraient être frustrés, gênés ou mal le prendraient, mais au final, j’ai des retours très positifs. Je trouve que les gens sont assez gentils avec moi. “

Le plus dur a été de rassurer sa mère, qui s’est longtemps opposée à sa passion pour les questions de sécurité. « Les routes ne conviennent pas à toutes les motos et conduire des voitures est dangereux, concède Ikram Bencherif. Et c’est même compliqué de trouver du matériel pour femme, notamment des jeans homologués qui ont des renforts au niveau des genoux et des hanches. “

Coût de l’équipement approuvé

En janvier 2020, la mort d’un jeune motard avait ému la communauté des motards et relancé le débat sur l’état dégradé des routes, dont beaucoup sont parsemées de nids de poule et parsemées de dos d’âne mal indiqués.

Pour avoir plus de poids dans le débat public, six groupes se sont regroupés au sein de la Coordination des motards algériens, explique Ahmed Menacer. Avec son club Passion to Ride, le quinquagénaire mène régulièrement des actions de sensibilisation. « On parle de vêtements et de tenues matelassées, notamment pour les jeunes qui roulent sans casque, sans gants, conduisent en short ou en tongs », précise-t-il.

Dans le pays, le coût élevé des équipements homologués rend difficile l’accès des utilisateurs de deux-roues. Pourtant, ce mode de transport est devenu une solution, précisément pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une voiture dans un marché où les prix des véhicules, même d’occasion, ont explosé.

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Les deux-roues, qui représentent « 2 % du parc automobile national, génèrent 20 % des accidents », souligne le président de Passion to Ride. Face au comportement dangereux de certains jeunes conducteurs, qui filment leurs acrobaties et les diffusent parfois sur Internet, des mesures pénalisant tous les deux-roues ont été prises. Depuis quelques mois, l’accès à la rocade qui mène d’Alger à Tipaza, ville côtière à l’ouest de la capitale, très prisée des motards, leur est purement et simplement interdit les vendredis et samedis.

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Pour dénoncer les comportements dangereux, un justicier casqué a fait son apparition sur les routes d’Alger. Equipé d’une caméra frontale, « El Motard el Makhfi » (« Le motard invisible »), suivi par plus de 55 000 personnes sur Facebook, partage régulièrement ses voyages à moto, ponctués de rencontres avec de jeunes conducteurs qu’il tente de sensibiliser. port d’équipements de sécurité et bonne conduite.

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