July 25, 2021

les nouveaux départs de Susie Morgenstern

« Mes 18 exilés », de Susie Morgenstern, L’Iconoclaste, 224 p., 19 €, numérique 14 €.

Le dernier mot de Mes 18 exilés est un tonnerre ” MERCI “. Susie Morgenstern s’adresse à ceux qu’elle aime, vivants ou morts, à ceux qui l’accompagnent depuis sa naissance, en mars 1945, à Newark (New Jersey) – la « La ville la plus hideuse des États-Unis », qu’elle est cependant mécontente que ce soit aussi le lieu de naissance des écrivains Philip Roth et Paul Auster – à ceux qui étaient à ses côtés après son arrivée en France, où elle est restée après son mariage. Mais cette gratitude semble encore plus générale, tant ce récit autobiographique fait l’effet d’un texte de gratitude à l’égard de l’existence. De cette vie que l’écrivain retrouve « adorable », même si elle a connu sa part de chagrins et de douleurs.

Un jeune auteur adoré par des générations de petits Français pour Le Sixième, Lettres d’amour 0-10, Joker (L’Ecole des loisirs 1984, 1996, 1999), et cent cinquante autres textes pétillants d’intelligence, de fantaisie et de justesse, Susie Morgenstern n’est pas du genre à vouloir ennuyer son lecteur, même majeur. , en déroulant son parcours linéairement. Les « exilés » à travers lesquels elle se décrit représentent des changements par rapport à une situation antérieure (être née, aller à l’école, tomber amoureuse, passer d’un continent à l’autre pour suivre son mari, devenir mère, puis veuve. , retrouver une compagne, se découvrir malade…) ou en décalage avec une norme réelle ou supposée (être née fille dans une famille qui, après ses deux sœurs, espérait un garçon ; être juive dans un milieu qui ne l’était pas ; être américaine en France, quel que soit son enthousiasme – mêlé de perplexité – pour son pays d’adoption…).

Balle en tête

Les lecteurs de tous âges pourront retrouver des épisodes et des anecdotes qu’elle a déjà relatés dans La première fois que j’avais 16 ans (L’école des loisirs, 1990), Jacques a dit (Bayard, 2015), Le dernier (Nathan, 2015) – ce livre sur l’année de ses 10 ans apparaît aujourd’hui dans une adaptation en bande dessinée de Johann G. Louis, au trait joyeux de candeur (Dargaud, 128 p., 17 €, numérique 10 €) – ou dans Floraison tardive (Bayard, 2018), écrit avec Georges, son fiancé rencontré sur Internet…

Lire aussi ce rendez-vous de 2020 : Susie Morgenstern : « Je suis une usine »

On y retrouve sa mère, si originale malgré l’obsession de trouver un mari pour ses trois filles, son père, silencieux et doux, perdu dans le gynécée familial, ses sœurs, Sandra et Effie, « Hors du commun, explosif, inattendu, anticonformiste, incomparable, excentrique, fun incarné, drôle, inimitable ». Elle raconte sa rencontre avec son futur mari, le mathématicien français Jacques Morgenstern (1937-1994), sur un campus israélien, cet homme dont elle ignorait tout avant de le voir dans une cafétéria et sur lequel elle s’est précipitée. balle en tête. « Il était grand et beau comme un roi sumérien. (Étaient-ils grands et beaux ? Je n’ai jamais vu de vrai roi sumérien à part Jacques) », elle écrit sur celui pour qui elle a quitté son pays, sa famille (« J’étais déchirée d’être loin de ma mère et de mes sœurs. Ils ont toujours fait partie de mon être. J’étais en deuil de leur présence, de leur humour, de leur étrangeté »), sa langue, cet homme qui était « Le sujet majeur de [sa] vie “, et dont la mort la laissa inconsolable pendant dix ans.

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