August 5, 2021

le mystère reste entier, Haïti demande à Washington d’envoyer des troupes

Trois jours après que le président haïtien Jovenel Moïse a été criblé de balles à son domicile, les autorités du pays ont indiqué, vendredi 9 juillet, avoir demandé aux États-Unis et à l’ONU d’envoyer des troupes pour sécuriser des sites stratégiques. de peur qu’ils ne soient sabotés, alors que le mystère restait au sujet de son assassinat.

Si l’on sait que le commando armé qui a exécuté le président était composé de 28 personnes (26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne), aucun détail n’a émergé sur les raisons de cet acte ou sur l’identité de ses commanditaires. Les hauts commandements de la police et de l’armée en Colombie ont déclaré lors d’une conférence de presse à Bogota qu’au moins 17 anciens soldats colombiens étaient soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’assassinat du président Jovenel Moïse plonge Haïti dans le chaos

Craignant que des infrastructures vitales telles que les ports, les aéroports, les terminaux pétroliers ou le transport de produits pétroliers ne soient ciblées pour semer la confusion, le gouvernement haïtien a demandé à Washington et aux Nations unies d’envoyer des troupes pour les sécuriser.

« Après l’assassinat du président, nous pensions que les mercenaires pouvaient détruire certaines infrastructures afin de semer le chaos dans le pays. Lors d’une conversation avec le secrétaire d’État américain et l’ONU, nous avons fait cette demande », a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) Mathias Pierre, ministre chargé des questions électorales.

Arrestations

Le Département d’État américain a confirmé, par l’intermédiaire d’un porte-parole, que le gouvernement haïtien avait « Aide à la sécurité et aux enquêtes demandées ». « Nous restons en contact régulier avec les responsables haïtiens pour discuter de la manière dont les États-Unis peuvent aider », selon le Département d’État.

Lire aussi Washington à nouveau confronté au chaos haïtien

Une source diplomatique à l’ONU avait précédemment indiqué que les autorités haïtiennes avaient fait cette demande afin de protéger l’aéroport et les installations pétrolières, mais qu’une résolution du Conseil de sécurité était nécessaire à cet effet.

Dix-sept individus ont été arrêtés – quinze Colombiens et deux Américains – pour leur implication dans le meurtre du Président Moïse, criblé de balles à son domicile dans la nuit de mardi à mercredi, selon la police haïtienne. Trois Colombiens également accusés d’être membres du commando ont été tués par la police, tandis que huit autres étaient toujours en fuite, a indiqué Léon Charles, directeur général de la police haïtienne, bien que les résultats diffèrent légèrement selon d’autres sources officielles.

Les armes et le matériel prétendument utilisés par les assaillants, dont des machettes, des ordinateurs portables et des passeports colombiens, ont été récupérés par la police, puis exposés à la presse, tout comme plusieurs suspects alignés contre un mur et menottés.

Taipei a pour sa part indiqué vendredi que 11 suspects avaient été arrêtés dans le complexe de l’ambassade de Taïwan à Port-au-Prince.

Sans confirmer les arrestations de ressortissants américains, les États-Unis annoncent qu’ils enverront des responsables du FBI et de la sécurité intérieure à Port-au-Prince “Aussi vite que possible”.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Haïti : à Port-au-Prince, « le chaos est total, les gangs sont partout, surarmés et avec une violence incontrôlable »

Chaos politique

Paralysés depuis plusieurs jours, Port-au-Prince et ses environs se sont réveillés vendredi dans un calme apparent et précaire, a constaté l’AFP sur place. Les transports publics, les banques, les pompes à essence, les magasins de rue et l’administration publique ont recommencé à fonctionner, les gens se bousculant dans les supermarchés pour s’approvisionner en produits de première nécessité. « Je ne sais pas ce qui va se passer demain ou après-demain dans le pays, alors je me prépare pour les mauvais jours. J’achète en priorité tout ce qui peut se conserver plusieurs jours », explique à l’AFP Marjory, qui faisait ses courses dans un supermarché de Port-au-Prince.

Dans le pays, cependant, tout le monde est resté aux aguets, essayant de comprendre comment une telle attaque avait pu se produire. De hauts responsables de la police, directement responsables de la sécurité du président haïtien, sont particulièrement sur la sellette et convoqués devant la justice, a annoncé jeudi le procureur en chef de Port-au-Prince, M.e Bed-Ford Claude. « Je n’ai vu aucune victime policière, à part le président et son épouse. Si vous êtes responsable de la sécurité du président, où étiez-vous ? Qu’avez-vous fait pour éviter ce sort au président ? “, a demandé Me Bed-Ford Claude. D’autres se sont même interrogés sur l’éventuelle implication de ces policiers, ajoutant à la confusion.

Cette attaque déstabilise encore plus le pays le plus pauvre des Amériques, en proie à l’insécurité. Deux hommes prétendent actuellement diriger la nation de 11 millions d’habitants, dont plus de la moitié ont moins de 20 ans. L’un des derniers gestes politiques de Jovenel Moïse, décédé à 53 ans, a été de nommer lundi un énième Premier ministre, Ariel Henry. . Mais quelques heures après le drame, c’est le Premier ministre de transition Claude Joseph qui a décrété l’état de siège pour deux semaines, accordant des pouvoirs renforcés à l’exécutif. Alors que l’opposition accusait M. Joseph de s’emparer du pouvoir, l’envoyé de l’ONU en Haïti le considérait comme l’autorité responsable, Ariel Henry n’ayant pas encore prêté serment au moment des élections. assassinat.

Le pays était déjà plongé dans une crise institutionnelle : Jovenel Moïse n’avait pas organisé d’élection depuis son arrivée au pouvoir début 2017 et le pays n’a plus de Parlement depuis janvier 2020.

Le monde avec l’AFP