August 5, 2021

Au procès Bygmalion, Nicolas Sarkozy et son avocat affaibli

Lors de son unique journée de présence au procès de ses comptes de campagne devant le tribunal correctionnel de Paris, lundi 15 juin, Nicolas Sarkozy a lâché une drôle de phrase : « Les temps ont changé. ” L’ancien chef de l’Etat venait d’évoquer ses quarante ans de vie politique et sa longue expérience de campagnes présidentielles, d’abord au service de Jacques Chirac puis d’Edouard Balladur, avant d’en diriger deux en son nom. Pensait-il au temps où un Conseil constitutionnel complaisant validait les comptes des candidats malgré leurs irrégularités comme ce fut le cas en 1995, sous la présidence de Roland Dumas ?

“Oui, les temps ont changé” avait confirmé la procureure Vanessa Perrée à l’ancien chef de l’Etat, contre qui un an d’emprisonnement (le maximum encouru) dont six mois ferme, a été requis jeudi 17 juin pour le seul délit de dépassement du plafond des dépenses de campagne pour lequel il est accusé. “C’était il y a deux cinq ans”, observa-t-elle. Presque une éternité, dans la bouche d’un magistrat quadragénaire comme le président du tribunal.

Le temps qui passe a aussi dissipé l’aura de pouvoir qui enveloppe Nicolas Sarkozy. Comme toutes les grosses bêtes politiques, l’ancien président est rompu à l’affrontement, maître de ses propos et il détecte mieux que quiconque dans une hésitation, un raclement de gorge, un essoufflement, la tension ou l’appréhension de son interlocuteur à l’utiliser. à son avantage. Aucune possibilité ne lui a été offerte pendant ses trois heures d’interrogatoire par la présidente Caroline Viguier. “Ce n’était pas ma question”, “Tu n’as pas répondu à ma question” elle l’interrompit plusieurs fois.

Le poids de la décision Bismuth

Mais ce n’est pas tout. Celui qui a comparu devant ses juges était un prévenu qui, quelques mois plus tôt, avait été condamné à trois ans d’emprisonnement dont un fermé pour « corruption active » et « Corruption » dans le cas du taraudage, appelé Bismuth. Si elle est suspendue à l’appel qui a été immédiatement interjeté, cette condamnation a déjà symboliquement brisé un tabou. Ici aussi les temps ont changé et Nicolas Sarkozy l’a bien compris.

La décision Bismuth pèse également lourdement sur son avocat historique, M.e Thierry Herzog, condamné à ses côtés. Assis au deuxième rang de la salle d’audience, M.e Herzog n’est jamais intervenu dans les débats. Alors que plusieurs de ses confrères de la défense ont multiplié les questions adressées à Jean-François Copé le jour où il a été entendu comme témoin, l’avocat de Nicolas Sarkozy est resté silencieux face aux accusations voilées qui distillaient à la barre. ancien secrétaire général de l’UMP contre son client.

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