August 5, 2021

En Algérie, un Parlement aux couleurs du FLN

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Dépouillement des bulletins de vote après les élections législatives en Algérie, le 12 juin 2021 à Alger.

La victoire est presque embarrassante pour un pouvoir qui entendait projeter l’image d’un « Nouvelle Algérie ». Le Front de libération nationale (FLN) a remporté les élections législatives du 12 juin avec 105 sièges (sur 407) devant le mouvement hétéroclite des “indépendants” (78 sièges) et les islamistes du mouvement Society for Peace (64 sièges), a annoncé le mardi 15 juin, l’Autorité élections nationales indépendantes. La quatrième position est occupée par le Rassemblement national démocratique (57 sièges) qui avait noué avec le FLN les anciennes alliances présidentielles autour de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission en avril 2019 par la mobilisation populaire du Hirak.

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Le score du FLN, l’ancien parti unique sur lequel s’appuyait le régime algérien lors de l’indépendance du pays en 1962, a été permis par une abstention massive lors du scrutin du 12 juin, en raison des consignes de boycott du scrutin, lancées par le l’opposition et les partisans du Hirak (mouvement anti-système). La participation s’est limitée à 23,03 %, inférieure à celles enregistrées lors de l’élection présidentielle de décembre 2019 (39,88 %) ou des précédentes élections législatives de mai 2017 (35,37 %). Il s’agit de la plus faible participation jamais enregistrée dans l’histoire électorale de l’Algérie indépendante.

Mauvaise nouvelle pour le pouvoir

Ni la révision constitutionnelle du 1est Novembre 2020, qui a maintenu une architecture de pouvoir ultra-présidentielle, ni le climat entourant le scrutin (confinement des médias, harcèlement judiciaire contre les opposants) n’ont eu raison de la désaffection des électeurs. Même si le président Abdelmadjid Tebboune avait prévenu que la participation n’était pas“Pas intéressé”, une telle abstention record est une mauvaise nouvelle pour les autorités algériennes.

Signe de sa gêne, le quotidien officiel Les moudjahidines s’abstient de tout commentaire triomphaliste sur la partition du FLN, préférant se concentrer sur « Les indépendants [qui] créé la surprise en s’imposant comme la deuxième force politique du pays, une première du genre en Algérie ». Les autorités n’ont pas ménagé leur soutien à ces « indépendants », allant jusqu’à financer la campagne électorale des candidats de moins de 40 ans entrant dans cette catégorie. Leur présence dans la nouvelle Assemblée est la seule nouveauté du scrutin, sur laquelle la presse officielle insiste pour accréditer l’idée que le scénario institutionnel de sortie de crise proposé par le gouvernement représente une « casser » avec « Un passé définitivement jeté dans l’oubli ».

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Les autorités auront cependant fort à faire pour imposer cette idée d’une « nouvelle Algérie ». « Nous sommes dans le statu quo, souligne l’historien Amar Mohand-Amer, chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle d’Oran. Le scrutin donne naissance à une Assemblée qui ne se renouvelle pas et même fragilisée par l’abstention massive. Le régime peine à se mobiliser malgré une armada de moyens mis au service des candidats et des lois anti-libertés contre l’opposition. De son côté, le Hirak devient une forte réalité de contre-pouvoir. ”

Rachid Ouaïssa, professeur de sciences politiques au Center for Middle Eastern Studies de l’université Philipps de Marburg (Allemagne), note pour sa part que le scrutin « Renouvelle les partis discrédités depuis vingt ans ». Il ajoute que l’élection d’un grand nombre d’indépendants, qui “Ne pas faire bloc”, “affaiblira le Parlement vis-à-vis de l’exécutif”.

« Propagande stalinienne »

La presse algérienne, dont certains titres conservent un ton mordant, a sévèrement commenté un scrutin qui n’a pas réussi à mobiliser les Algériens. « Paradoxalement, un processus électoral censé sortir le régime de sa crise de légitimité l’enfonce encore plus loin, scrutin après scrutin, écrit Mustapha Hammouche, chroniqueur du quotidien Liberté Algérie. Malgré sa volonté de donner des gages de changement, voire de rupture, le gouvernement est contraint de puiser dans ses appareils rentiers traditionnels le personnel qui doit meubler ses institutions. “

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De son côté, Nouri Nesrouche note dans El Watan quelle “ le boycott du 12 juin a réduit le « parti » électoral à une foire de quartier, malgré la propagande stalinienne et les moyens colossaux employés par l’État ». Il ajoute que le “Potentiel” mobilisation du Hirak, illustrée par l’efficacité de ses appels au boycott, devrait « Se transformer en une ou plusieurs forces politiques structurées ». Les partisans du Hirak avaient jusqu’alors évité de s’organiser afin de s’exposer le moins possible à la répression.

Au-delà de l’écart entre le pouvoir et la population révélé par l’ampleur de l’abstention, un double clivage risque de peser sur les équilibres politiques de l’après-élection. La première tient à la participation électorale quasi nulle – moins de 1% – enregistrée en Kabylie, région historiquement rebelle. La seconde fait référence au divorce avec les Algériens de la diaspora où le taux de participation était de 4,6%.

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