June 22, 2021

En Argentine, les data freaks déchiffrent les chiffres de la pandémie

LETTRE DE BUENOS AIRES

L’ordinateur se débat, avant d’avertir : impossible de terminer l’extraction. Le dossier en ligne sur le site du ministère de la Santé sur les contaminations liées au coronavirus en Argentine, bien trop volumineux, a eu raison du dispositif lambda.

Sur la base des données brutes publiées par le gouvernement, des centaines de milliers de chiffres constituent des tableaux Excel exigeants ; pour les déchiffrer, il faut une solide formation en informatique, combinée à des connaissances épidémiologiques… un CV très éloigné de celui de la population générale.

Il y a bien la page officielle du gouvernement, « informations épidémiologiques ». Mais il livre un tableau rigide et général, avec des informations de base, face à une pandémie de Covid-19 complexe et évolutive : comment visualiser les taux de contamination par tranche d’âge, sur plusieurs mois ? Où trouver la courbe des décès depuis le début de la crise sanitaire, par province ?

Un vide laissé par l’Etat

La réponse est ailleurs : sur Twitter, sur les tableaux quotidiens et pédagogiques publiés par une poignée de data freaks. Chimiste, politologue, ingénieur, comptable, sénateur : ce sont eux qui tracent et compilent, depuis plus d’un an, l’évolution du coronavirus en Argentine et témoignent de la recrudescence récente des cas. Au total, le pays a enregistré plus de 82 000 décès.

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“Je comble un vide laissé par l’Etat, il n’y a rien sur le site du gouvernement”, déplore Mauro Infantino, 40 ans, ingénieur informaticien à Buenos Aires – @plenque sur Twitter -, qui a développé le site Covidstats. “J’ai commencé par curiosité, et je continue de me mettre à jour tous les jours parce que j’aime ça, et par engagement”, rapporte celui qui a dû apprivoiser un sujet inconnu. « Je sais traiter les données, mais après il faut savoir les communiquer, et puis je ne suis pas épidémiologiste. “ Il est passé d’un compte confidentiel, suivi par moins d’une centaine de personnes avant la pandémie, à plus de 12.000 abonnés. « Au début, je sentais beaucoup de poids sur mes épaules, j’avais peur de faire des erreurs », admet le spécialiste des données.

Avec ses plus de 34 000 abonnés, Martín Barrionuevo, – @mmbarrionuevo sur Twitter -, 45 ans, sénateur de la province de Corrientes (Nord-Est) pour le Parti justicialiste (la formation présidentielle de centre-gauche), fait également référence à ses multiples palmarès quotidiens . « J’ai commencé en mars [2020]. J’étais enfermé dans ma maison [lors du premier confinement] et je voulais me rendre utile. Je suis comptable et j’aime les statistiques ”, dit le sénateur, qui a souhaité «Apporter une lumière fédérale à la pandémie», tandis que le regard médiatique tend à se focaliser sur la grande agglomération de Buenos Aires, où vit un tiers des 45 millions d’Argentins.

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