June 23, 2021

« Correspondance à divers. Oeuvres complètes, tome XVII »

“Portrait of Alexis de Tocqueville”, by Théodore Chassériau (1850).

« Correspondance à divers. worksuvres complètes, tome XVII », d’Alexis de Tocqueville, édité sous la direction de Françoise Mélonio, Gallimard, trois tomes, 404 p., 39 €, numérique 28 € ; 764 p., 44 €, numérique 31 €, et 638 p., 42 €, numérique 30 €.

Mille huit cents pages, trois volumes, des centaines et des centaines de lettres, pour la plupart inédites, d’un penseur de premier ordre, qui mérite de s’arrêter là. La correspondance d’Alexis de Tocqueville (1805-1859) est une mine, un monde à facettes, un univers tantôt intime et convivial, tantôt mondain et politique, toujours suprêmement intelligent, sensible, superbement écrit. Après d’autres recueils, réunissant notamment ses lettres à des personnalités anglaises, des membres de sa famille, au diplomate Arthur de Gobineau ou à l’historien Jean-Jacques Ampère, ces trois tomes de Correspondance à divers venez clore l’édition monumentale, en 18 tomes et 31 tomes, uvres complètes de Tocqueville. Ce pays épistolaire, privé et public, mérite d’être exploré et savouré, sous plusieurs angles, selon ses intérêts.

Proximité incroyable

On peut en faire le tour, par exemple, en tant que citoyen français en 2021, repérant de page en page l’étonnante proximité entre son temps et le nôtre. Quand il évoque ce « Vaste société américaine dont tout le monde parle et que personne ne connaît », est-ce une observation de 1831, ou une remarque pour aujourd’hui ? Quand il décrit « Le spectacle d’une société marchant seule, sans guide ni appui, par le seul fait de la compétition des volontés individuelles », parle-t-il de démocratie en Amérique, ou qu’arrive-t-il à notre époque ?

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Il serait tentant de détourner nombre de ses propos sans se soucier des anachronismes. Cette France que Tocqueville dépeint avec lassitude « De la liberté, de la publicité, des droits politiques », Est-ce celui du Second Empire, couché docilement sous un régime fort, ou le nôtre ? Quand, vers la fin de sa vie, l’auteur écrit à Victor Cousin : « J’ai peur de voir à quel point je deviens de plus en plus différent de mes contemporains. Je m’attache de plus en plus à la liberté à mesure qu’ils s’en éloignent et je deviens de plus en plus amoureux des grâces du langage alors que nous jacassons de pire en pire », sommes-nous sûrs que c’est un passé révolu?

Cet homme entre deux univers

Un tel angle de lecture serait le plus curieux, pas forcément le moins sérieux. Mais il y en a d’autres plus habituels, et non moins féconds. Ces trois volumes de correspondance peuvent ainsi se lire comme une biographie indirecte, reflet de la trajectoire de cet homme singulier, encore parfois méconnu, qui a toujours vécu entre deux univers. Aristocrate, héritier, seigneur, écuyer, il n’a jamais cessé de parler au « monde supérieur », dont il est issu, « Une foule de sympathies secrètes qui naissent d’une origine commune », comme il l’écrit à son parent Montalembert en 1840. Ces affinités l’empêchent de parler la langue du peuple, mais ne suffisent jamais à le rendre légitimiste, nostalgique de l’Ancien Régime ou réactionnaire. Cet homme du passé a compris l’avenir. Il sait que l’égalité devient le levier central de l’histoire, avec des conséquences inattendues et multiformes. L’égalisation des conditions est à ses yeux la clé des mutations politiques et sociales des temps modernes, de leurs progrès comme de leurs risques. Tocqueville est allé observer ces procédés aux États-Unis. Il n’a jamais cessé d’approfondir sa compréhension. Il préside aux trois étapes de son existence, que ces volumes reflètent à travers le menu.

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