June 22, 2021

beaucoup de promesses, mais encore peu de livraisons

Un milliard. C’est le nombre de doses de vaccins contre le Covid-19 que les pays du G7 ont annoncé vouloir donner aux États les plus pauvres vendredi 11 juin. Les promesses des pays riches s’accumulent depuis plusieurs semaines, alors que les taux de vaccination dans ces territoires sont permettant désormais aux populations de retrouver un semblant de vie normale.

Près de 64 % des adultes américains ont reçu au moins une dose, et dans les 53 territoires de la région Europe selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 30 % de la population de la région en a reçu une. première dose de vaccin. Mais la vaccination reste, pour l’instant, un privilège des pays riches. Un quart des 2,295 milliards de doses administrées dans le monde l’ont été dans les pays du G7, qui abritent seulement 10 % de la population mondiale. Seulement 0,3% se trouvaient dans des pays à faible revenu, selon l’OMS.

Le dispositif Covax a été créé pour répondre à cette inégalité vaccinale. Force est de constater que, pour le moment, il n’a pas atteint ses objectifs, et que les nombreuses promesses des pays les mieux dotés ne se sont, pour l’instant, traduites que par un nombre de livraisons très faible.

Comment fonctionne cet appareil ?

Covax a été créé pour accompagner le volet vaccin du dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19 (ACT), créé fin avril 2020. Ce partenariat public-privé sous l’égide de l’OMS, la Vaccine Alliance (GAVI) et la Coalition for Innovations in Epidemic Preparedness (CEPI), vise à assurer une distribution équitable des vaccins. Elle repose sur deux mécanismes : la « Facilité Covax » et la « Garantie de Marché » (AMC).

Le premier est un programme d’achat groupé de vaccins auquel participent 190 pays, qui visait à l’origine à éviter les réflexes de « nationalisme vaccinal », forcément pénalisant pour les pays pauvres. Les pays pauvres ne sont donc pas les seuls à bénéficier des livraisons de Covax. Le Canada, mais aussi la Nouvelle-Zélande, ont commandé et reçu des doses via l’appareil.

Décryptage : comprendre le prix d’un vaccin, de la recherche au flacon

La seconde, la garantie de marché, est un mécanisme de financement qui permet à 92 pays « à revenu faible et intermédiaire » – avec 4 milliards d’habitants – de participer à la Facilité Covax. Il couvre l’achat des doses que ces 92 pays reçoivent ainsi gratuitement. Plusieurs pays ont fait des dons pour financer AMC Covax sans commander de dose via Covax : c’est le cas des Etats-Unis, du Japon, ou encore des pays de l’Union européenne, qui ont directement négocié l’achat de leurs vaccins.

Combien de doses ont été délivrées par Covax ?

Le dispositif Covax prévoyait initialement l’acquisition de près de 2 milliards de doses d’ici fin 2021, dont au moins 1,3 milliard de doses pour les pays à revenu faible et intermédiaire. L’objectif : permettre à tous les pays participants de vacciner au moins 20 % de leur population, en commençant par les personnels de santé et les plus vulnérables.

La synthèse: L’Afrique face au Covid-19 : le continent s’inquiète d’une troisième vague

Au 8 juin, cependant, moins de 82 millions de doses avaient été livrées dans 129 pays, dont près de 54 millions dans 80 pays éligibles à la garantie de marché Covax, selon les données de l’Unicef. Les objectifs sont loin d’être atteints et l’OMS n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme : d’ici fin juin, il manque 190 millions de doses par rapport au calendrier initial.

Ce n’est cependant pas faute de financement. Début juin, plus de 2,4 milliards de dollars d’engagements ont été collectés auprès des gouvernements et donateurs privés, portant le montant total des promesses faites à la garantie de marché Covax au cours de l’année écoulée à 9,6 milliards de dollars (dont 4 milliards en provenance des États-Unis). Selon GAVI, l’Alliance du Vaccin, ces fonds permettent à Covax de sécuriser 1,8 milliard de doses de vaccin pour les pays à faible revenu. Ils devraient être livrés entre fin 2021 et début 2022 et protéger près de 30% des populations de ces États. Un autre pays, l’Inde, recevra 20% du total des doses disponibles.

Enquête : L’Inde de Narendra Modi dans les abysses du Covid-19

Mais Covax fait face à des difficultés de production et d’approvisionnement depuis des mois. En mai, Pfizer/BioNTech, Moderna et Johnson & Johnson se sont engagés à livrer 3,5 milliards de doses à prix coûtant ou réduit aux pays les plus pauvres en 2021 et 2022. Mais jusqu’à aujourd’hui, le dispositif repose essentiellement sur le produit d’AstraZeneca, qui est plus facile à stocker et moins cher que les vaccins à ARN messager.

Plus de 94 % des doses délivrées par Covax sont des doses d’AstraZeneca, selon les chiffres communiqués à Monde par GAVI. L’une des principales usines de production de ce vaccin, le Serum Institute of India (SII), est située en Inde. Cependant, face à une épidémie devenue incontrôlable sur son territoire, le pays a bloqué en mars l’exportation de sérums produits par l’IIS, plus grand producteur de vaccins au monde, compromettant les ambitions de Covax.

Quels pays ont promis quoi et quand ?

C’est la raison pour laquelle la question des dons de vaccins des pays riches, qui ont réservé et acheté la plupart des doses de vaccins disponibles, est devenue depuis plusieurs semaines au centre des discussions internationales. Plusieurs pays, au premier rang desquels la Chine, ont déjà donné plus de 37 millions de doses, dont 29,8 millions ont été délivrées, mais dans le cadre d’accords bilatéraux et non via Covax.

Décryptage : Les vaccins contre le Covid-19, la nouvelle arme diplomatique de la Chine

Les pays du G7 ont promis vendredi de donner un milliard de doses, principalement à Covax. Cependant, le détail des engagements de chaque pays n’est pas encore connu.

Les États-Unis, qui bloquaient jusqu’à récemment les exportations de vaccins produits sur leur sol afin de réserver toutes les doses à sa population, se sont engagés à acheter 500 millions de doses à Pfizer-BioNTech et à les donner à Covax. Ils commenceront à être envoyés à partir du mois d’août et 200 millions de doses devraient être livrées d’ici la fin de l’année. Les 300 millions restants seront livrés d’ici juin 2022, selon la Maison Blanche. Washington avait, quelques jours plus tôt, promis un don de 80 millions de doses, principalement d’AstraZeneca, dont 60 millions étaient destinées au Covax.

Le Royaume-Uni, par l’intermédiaire de son Premier ministre Boris Johnson, s’est également engagé à faire don de 100 millions de ses doses excédentaires d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, la France avait annoncé en mai un don de« Au moins 30 millions de doses de vaccins différents » avant la fin 2021, après avoir promis 500 000 doses d’AstraZeneca en avril. L’Allemagne est attachée au même objectif. L’Espagne avait déjà promis plus de 22 millions de doses, la Belgique 4 millions, la Suède 2 millions. L’Union européenne a annoncé un don de 100 millions de doses.

À ce jour, cependant, l’écart est immense entre les promesses et les réalisations. Seules 628 800 doses données par la France à Covax ont effectivement été livrées à huit pays africains, selon les chiffres transmis par GAVI. Quelque 24 000 doses, sur les 1,6 million promises par la Nouvelle-Zélande, ont également été transférées au Timor oriental.

Histoire: Avant le sommet du G7, les subtiles démarcations de Macron vis-à-vis de Biden

Les nouvelles doses promises suffiront-elles ?

Un homme passe devant une porte avec une affiche disant qu'aucune dose de vaccin n'a été reçue dans ce centre de vaccination à Hyderabad, en Inde, le 3 mai 2021.

Les promesses faites au G7 vendredi ont été bien accueillies. “Si on obtient un milliard de doses à la fin, ce sera le bienvenu”La coprésidente de Covax, Jane Halton, a déclaré vendredi sur Times Radio.

Mais l’OMS ainsi que de nombreuses ONG pointent des délais encore trop longs. Pour pouvoir vacciner 30 à 40 % de la population mondiale cette année, il faudrait vacciner au moins 250 millions de personnes d’ici fin septembre, soit un besoin de centaines de millions de doses, puisque de nombreux vaccins nécessitent deux doses, a souligné début juin Bruce Aylward, en charge du dossier Covax à l’OMS.

En Afrique, seulement 2% de la population a reçu une première dose. Près de 90 % des pays africains n’atteindront pas l’objectif de 10 % de leur population vaccinée d’ici la fin de l’été s’ils ne reçoivent pas en urgence au moins 225 millions de doses. A ce jour, les livraisons sont quasiment au point mort sur le continent, et quatorze pays africains ont déjà utilisé entre 80% et la totalité des doses reçues via Covax.

Analyse: comment Big Pharma défend son monopole

Pour l’OMS, un meilleur accès à la vaccination pour les populations les plus pauvres passe aussi par la levée temporaire des brevets et le transfert de technologie afin que les pays en développement puissent produire eux-mêmes les vaccins dont ils ont besoin. Les discussions à ce sujet à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont connu une petite avancée cette semaine après des mois d’impasse, mais un accord – encore hypothétique – prendra des mois.

Lire aussi Vaccins contre le Covid-19 : le Parlement européen favorable à la levée des brevets

« Au rythme actuel de vaccination, il faudrait 57 ans aux pays à faible revenu pour atteindre le même niveau de protection que celui des pays du G7, a souligné vendredi l’ONG Oxfam. C’est moralement inacceptable, mais aussi contre-productif compte tenu du risque posé par les mutations du coronavirus. “

my link