June 22, 2021

Au Mali, réactions mitigées à la fin de l’opération « Barkhane »

Le colonel Assimi Goïta, le nouveau président par intérim, savait qu’il était sur le radar français depuis son coup d’État du 24 mai. La suspension de la coopération militaire bilatérale annoncée par Paris le 3 juin était un premier signal d’alarme envoyé à la junte.

Au sein de l’appareil d’Etat, on savait aussi qu’Emmanuel Macron profiterait sans doute de ce deuxième coup d’Etat en moins de neuf mois pour « Se précipiter dans la brèche » et annoncer une réduction des effectifs de « Barkhane », chère au président français depuis le sommet de N’Djamena en février dernier. Mais l’annonce de la fin de l’opération étrangère le 11 juin est pour Bamako un “Surprise brutale” qui, en coulisses, inquiète les autorités pour le moment est restée publiquement silencieuse.

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Le colonel Goïta et son Premier ministre Choguel Maïga ont estimé avoir donné des garanties suffisantes à la communauté internationale, notamment sur le respect du calendrier électoral censé mettre un terme à la transition en février 2022. Une feuille de route, « Tracer les grandes lignes de l’action gouvernementale pour respecter les différents engagements pris », devait être présenté fin juillet et un gouvernement « Largement civil » nommé dans les prochains jours.

« Bon débarras »

Le 9 juin, les chefs des États voisins avaient même “Félicié” et “Encouragé” les nouvelles autorités. Ce 11 juin, les propos d’Emmanuel Macron critiquant leur « Décision de reconnaître un putschiste militaire », s’est mal passé à Bamako. Tout comme la ligne rouge des négociations avec les djihadistes évoquée par le président français.

« Emmanuel Macron doit faire attention à sa communication. Quand cela prend un certain ton, les Maliens le vivent comme une ingérence. Cela peut être compris », souligne l’ancien ministre Ibrahim N’Diaye. En décembre 2019, la convocation à Pau des chefs d’État du G5 Sahel par le président français avait déjà été jugée non diplomatique. Un an et demi plus tard, le discours de Paris est perçu par certains Maliens comme “Un affront de plus”, dans un contexte de montée du sentiment anti-présence française ces derniers mois.

« Bon débarras », nous l’avons entendu ce 11 juin à Bamako. Après huit ans d’intervention militaire française et des résultats pour le moins contrastés, une large frange de Maliens rejette la responsabilité de l’extension du terrorisme sur la France. Paris serait militairement inefficace et politiquement trop envahissant.

« Risque d’effondrement de l’État »

Mais dans le nord du Mali, l’histoire est différente. « Les Bamakois n’ont pas connu la guerre ! Ils crient à la France de partir, sans comprendre que le jour où « Barkhane » prendra sa retraite, le Mali sera fini. Les djihadistes vont s’emparer des villes comme au début de la guerre en 2012 », s’est alarmé un ancien rebelle du nord, signataire de l’accord de paix de 2015.

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L’inquiétude s’étend également à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Ce 11 juin, quelques heures avant l’annonce d’Emmanuel Macron, son leader El-Ghassim Wane a fait part de ses craintes : « La suspension de la coopération française avec le Mali pourrait induire un accroissement des tâches de la Minusma » et « Il est également possible que davantage de pressions soient exercées sur nos troupes. » La Minusma, dont le mandat n’est pas de lutter contre le terrorisme et qui voit ses bases régulièrement visées par des attentats (quatorze au cours des trois derniers mois), craint l’isolement.

Certains diplomates craignent pour leur part une fuite des quelques administrateurs civils encore en poste dans le nord du Mali (14% fin avril selon l’ONU), si « Barkhane » venait à réduire son influence. “Le risque d’effondrement de l’Etat est réel”, glisse l’un d’eux. Même si, pour l’instant, « Rien n’est prévisible, tout devient possible ».

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