June 23, 2021

Dans l’Indo-Pacifique, “nous sommes face à une logique d’étouffement”

La marine française a effectué d’importants déploiements dans l’Indo-Pacifique en 2021, où la Chine prend de l’importance. Son chef d’état-major, l’amiral Pierre Vandier, a répondu aux questions de Monde, Mardi 8 juin, pour faire le point.

L’armée chinoise a récemment intensifié les manifestations militaires dans l’Indo-Pacifique : elle a massé 200 bateaux devant l’îlot de Pentecôte revendiqué par les Philippines, cartographié les profondeurs de l’océan Indien avec des drones, envoyé une vingtaine de chasseurs J-20 à la défense aérienne de Taïwan. zone… Comment analysez-vous ces comportements ?

Nous avons beaucoup de preuves montrant un changement de posture. Nos bateaux sont systématiquement suivis, parfois contraints de manœuvrer devant des navires chinois pour éviter une collision, au mépris des règles de liberté de navigation que nous défendons. Certaines de nos escales dans les pays de la région où nous passions autrefois sont annulées au dernier moment, sans explications claires.

Une pression « sanctuaire » s’étend au-delà de la première chaîne d’îles de la mer de Chine [la ligne dite des « neuf traits » considérée par la Chine comme sa frontière immédiate]. Cette chaîne a été récupérée, a fixé l’espace sanctuaire des porte-avions, et d’une certaine manière rompt la compréhension du droit international qui était partagée par tous. Au-delà, des logiques de contrainte s’exercent sur certains pays, ici pour ne pas forer, là pour ne pas accueillir de navires étrangers… Le développement militaire chinois répond évidemment à une volonté politique, et le livre blanc sur la défense chinoise en a esquissé les objectifs stratégiques. . Le durcissement a atteint une nouvelle phase, il était prévisible.

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Vous voyez donc plus une logique de bastion que de perturbation des flux maritimes ?

L’approche est avant tout territoriale au départ, et commerciale. Nous sommes face à une puissance qui a tourné le dos à la mer depuis cinq siècles mais qui, devenue une puissance commerciale mondiale, va devoir « se marier ». Il faut trouver le moyen de discuter avec un pouvoir qui occupe son espace et expérimente les rapports de force. Nous sommes face à une logique d’étouffement. L’approche est multidomaine, elle utilise des leviers financiers, économiques, diplomatiques et militaires, et peut exercer sa pression par la guerre hybride, la cyber ou bien d’autres moyens.

On vient d’apprendre que la marine chinoise va équiper son porte-avions d’un nouvel appareil dédié, le FC-31. Est-ce le signe de cette maritimisation et une menace ?

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