June 23, 2021

A la recherche de la première mosquée de France – Un si Proche Orient

De 1915 à 1919, le bois de Vincennes a accueilli une mosquée, rattachée à l’hôpital dédié aux soldats musulmans de la Première Guerre mondiale.

Panneau signalant l’emplacement de l’ancienne mosquée du bois de Vincennes (CIRAD / Nathalie Tirot, photo Jean-Pierre Filiu)

La présence symbolique et la visibilité monumentale de l’Islam en France sont généralement associées à la Grande Mosquée de Paris. Le projet de cet édifice a été lancé par le gouvernement français, par dérogation à la loi de séparation des Églises et de l’État, pour rendre hommage aux dizaines de milliers de soldats musulmans tombés pendant la Première Guerre mondiale. C’est le maréchal Lyautey, ministre de la Guerre en 1916-17, qui pose la première pierre en 1922. Celui qui est alors résident général au Maroc déclare : « Quand le minaret que vous allez construire s’élèvera vers le beau ciel de l’Ile de France, une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront pas jalouses ». La Grande Mosquée de Paris est inaugurée quatre ans plus tard en présence du Président de la République, Gaston Doumergue, et du Sultan du Maroc, Moulay Youssef.

UNE PRÉSENCE DE L’ISLAM ANCIEN

Cependant, il serait erroné de réduire l’histoire de l’islam en France au seul XXe siècle. La ville de Narbonne, conquise par les armées musulmanes en 719, fut sans doute le site de la première mosquée de la France actuelle. Installé dans une partie de l’atrium de l’ancienne basilique, cet édifice, détruit après la reconquête mérovingienne de 759, n’a pourtant laissé aucune trace. Charlemagne mit alors définitivement fin aux projets d’invasion terrestre de son empire par les émirs musulmans d’Al-Andalus, comme l’Espagne islamisée était désignée. L’établissement de « Maures » dans le massif éponyme de Provence, pendant près d’un siècle, jusqu’à sa reconquête en 972, n’a plus laissé de vestige. Après ces épisodes guerriers, la présence de commerçants et d’artisans musulmans est sporadiquement constatée du Moyen Âge au XVIIIe siècle dans le sud de la France, sans que cette réalité démographique puisse être mesurée. Si la question d’un lieu de culte se pose tardivement à Marseille ou à Toulon, elle est toujours tranchée par la négative.

L’expédition du général Bonaparte en Égypte de 1798 à 1801 pourrait être décrite par l’historien John Tolan comme un premier projet de ” République islamique “. En effet, le troisième et dernier gouverneur français d’Egypte, le général Menou, s’est converti à l’islam sous le prénom d’Abdallah. Il ramène avec son ” armée de l’est « Mille auxiliaires, musulmans et chrétiens, finalement regroupés à Toulon dans le cadre de » chasseurs d’Orient ». La conquête française de l’Algérie, à partir de 1830, donne une nouvelle dimension à cet enrôlement de soldats musulmans. Joseph Vantini, converti à l’islam en captivité à Tunis sous le prénom de Youssouf, s’évade pour participer aux campagnes françaises d’Algérie. Même s’il abjure l’Islam en 1836, il devient célèbre comme ” Général Youssouf « A la tête des cavaliers ” originaire de “. C’est le début de ” armée africaine » Que la France se mobilisera sur tous les fronts, que ce soit le recrutement “Européen” (chasseurs, zouaves et légionnaires) ou musulmans (tirailleurs, spahis et chameliers). En 1855, Mohamed Ben Daoud est le premier élève-officier de Saint-Cyr à naître musulman, près d’Oran. Prisonnier des Prussiens en 1870, naturalisé français en 1877, il termine sa carrière comme colonel des spahis.

LE JARDIN COLONIAL

L’Empire ottoman, aux côtés duquel la France s’engage dans la guerre de Crimée, obtient en 1856 l’ouverture d’une place musulmane dans le cimetière parisien du Père-Lachaise. Cependant, on peut difficilement parler de “Mosquée” pour le bâtiment adjacent où se déroulent les rites funéraires. De plus, le “Carré” voit sa superficie se rétrécir en 1883, avec un bâtiment de moins en moins entretenu. Ce n’est qu’en 1905 que la première mosquée de la France contemporaine est inaugurée à Saint-Denis de la Réunion. Il est construit à l’initiative de la communauté » z’arabe », ainsi que les commerçants de la province indienne du Gujarat sont appelés localement. Les initiateurs du projet s’engagent à « pour épargner les susceptibilités des autres confessions ». Lors de l’inauguration, qui coïncide avec la célébration de la fin du ramadan, des invités non musulmans sont ainsi offerts ” sandales et espadrilles en paille et cuir “Pour éviter,” leurs pieds nus, le contact glacial du stuc et du marbre ”.

Près de quatre cent mille soldats ” originaire de “ sont mobilisés par la France en Afrique du Nord et de l’Ouest pendant la Première Guerre mondiale. Un hôpital, dédié à leurs blessés, a été ouvert en 1914 dans l’enceinte de la ” jardin colonial »De Nogent-sur-Marne, à la limite Est du Bois de Vincennes. Une mosquée y fut installée en 1915 et exploitée pendant les quatre années suivantes, sous l’autorité des aumôniers musulmans de l’armée. Le bâtiment tout en bois, avec minaret et coupole, comprend une salle de prière (face à la Mecque), une salle mortuaire et un espace d’ablutions. Des tapis d’Orient ont été offerts par les grands magasins du Louvre pour décorer l’intérieur. Elle a été officiellement inaugurée en 1916 par le ministre des Colonies, Gaston Doumergue, le même qui, dix ans plus tard, inaugurera la Grande Mosquée de Paris en tant que Chef de l’Etat. Les imams militaires à qui la mosquée est symboliquement livrée proclament à cette occasion : » Nous sommes les enfants de France. Nous sommes venus volontairement de notre pays pour aider notre noble mère la France jusqu’à notre dernier souffle, qui est la représentante de la loi et qui marche sur le droit chemin ». Le ” chemin droit » (al-sirat al-mustaqim) est une référence directe à la sourate d’ouverture du Coran, qui représente la prière la plus populaire pour les musulmans.

UN SITE TRÈS SYMBOLIQUE

Le bâtiment, abandonné à la fin du conflit en 1919, est alors détruit. Quant au site de la ” jardin colonial», rattaché au ministère des Colonies, il avait déjà accueilli l’exposition coloniale de 1907 et ses près de deux millions de visiteurs. Cinq « villages », animé par ” originaire de “ sous contrat, avait été là “Reconstitué” pour correspondre à l’Indochine, au Congo, “Soudan” (Mali actuel), Madagascar et Nouvelle-Calédonie, avec en prime « » Campement touareg (Cette attraction était la plus populaire, car les figurants sahariens simulaient l’attaque d’un convoi postal). Chacun de ces pavillons a été transformé en une des composantes de l’hôpital militaire de la Première Guerre mondiale. Certaines installations de l’époque ont été conservées jusqu’à aujourd’hui, ainsi que des monuments érigés plus tard en hommage aux combattants, notamment malgaches ou indochinois, morts pour la France. Le maintenant” jardin agronomique tropical » A été acquis en 2003 par la Ville de Paris, dont dépendait déjà le reste du Bois de Vincennes.

Cette mosquée de ” jardin colonial », actif de 1915 à 1919, est donc le premier de la France métropolitaine moderne. Cependant, il ne reste qu’une stèle commémorative, illustrée ci-dessus. Au moins cette stèle et ce panneau existent-ils, alors qu’il n’y a pas la moindre trace de l’université de Vincennes, bastion de l’esprit » soixante-huit »Jusqu’en 1980, date à laquelle il est rasé sur ordre de Jacques Chirac. Mais c’est une autre histoire.

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