June 23, 2021

Le journaliste Jacques Amalric, ancien chef du service extérieur du “Monde”, est mort

C’était un journaliste avec les lunettes vissées sur le haut du front, les manches de chemise retroussées, la cravate défaite et les outils de travail négligemment éparpillés sur le bureau : piles de dépêches, livres et journaux encadrant un cendrier plein et un verre de pioche -me-up. . Au début des années 1980, le nouveau venu du quotidien Le monde n’entra pas sans appréhension dans le bureau du chef du service extérieur, rue des Italiens, à Paris. Jacques Amalric, décédé vendredi 4 juin, à l’âge de 82 ans, était un journaliste de référence. Et le contraire d’un homme de respect.

Chez lui, la provocation, aimable ou lâche, était une manière d’entrer dans le vif du sujet, une manière de vous saluer. L’ironie était une double nature. La phrase courte, souvent sur le mode interrogatif, teintée de l’accent de son Sud-Ouest natal, servait de discours et il valait mieux comprendre un demi-mot. Amaury fuyait les tirades, les péroraisons et les phrases des curieux. La flatterie lui était étrangère : un “Tu as fait pire” accompagné d’un clin d’œil à la lecture d’un papier servi de félicitations. Cet homme silencieux n’était pas par hasard un homme de presse écrite, qui était aussi rédacteur en chef du Monde puis rédacteur en chef de Libérer. Il écoutait autant qu’il questionnait, le menton appuyé sur sa main droite dans une posture qui signalait une dose de scepticisme – a priori.

Il n’y avait pas que le comportement rude qui intimidait, le côté baissier, la démarche voûtée, ce mélange de charme grincheux et de grincheux sentimental. Jacques Amalric était un monument du savoir-faire journalistique : chroniqueur, analyste, envoyé spécial, correspondant, sage-femme de « gros titres », chef d’équipe. Surtout, il avait cette capacité à capter dans les airs ce qui fera la une des journaux.

Dans l’inconfort du doute

Mais à Monde et à Libérer, Amaury comptait aussi pour une autre raison, qu’il laisse en héritage journalistique et qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. « Jacques aimait pulvériser les clichés », dit le journaliste Marc Semo. Amalric a travaillé dans ” contre “ – contre l’idéologie dominante dans une écriture, les préjugés de l’engagement militant, les réflexes hérités du préjugé, les facilités de la grille de lecture à sens unique. Pour être sûr de saisir un peu de la réalité de l’époque – noble ambition du journalisme -, mieux vaut privilégier le contradictoire et savoir déceler une part de vérité dans le camp de ceux qu’on n’aime pas. “Quand on se fait engueuler, c’est parce qu’on a bien travaillé”, répondit-il lorsqu’on lui parla des sermons d’un ministre offensé.

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