June 22, 2021

le coup d’État brillant du cardinal Marx, archevêque de Munich

Le geste spectaculaire en dit long sur la gravité de la crise qui secoue l’Église catholique allemande. Treize ans après sa nomination à la tête de l’archidiocèse de Munich, le cardinal Reinhard Marx a annoncé vendredi 4 juin avoir remis sa démission au pape François.

Dans une lettre adressée à ce dernier – qu’il a rencontré à Rome le 21 mai pour l’informer de sa décision – l’ancien président de la Conférence épiscopale allemande explique vouloir « Assumer la coresponsabilité de la catastrophe des agressions sexuelles commises par des représentants de l’Église au cours des dernières décennies », avant d’ajouter : « Les enquêtes et expertises des dix dernières années m’ont constamment montré qu’il y avait eu à la fois des échecs personnels et des erreurs administratives, mais aussi un échec institutionnel. L’Église n’a pas su assumer la responsabilité « systémique ». “

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A 67 ans, le cardinal Marx n’en est pas à son premier coup d’État. Fin avril, il avait rendu publique une autre lettre, celle-ci adressée au président allemand, Frank-Walter Steinmeier, dans laquelle il renonçait à la Croix fédérale du mérite, l’équivalent de la Légion d’honneur.

L’annonce de cette décoration avait provoqué l’indignation des victimes d’agressions sexuelles, le prélat étant accusé d’avoir fermé les yeux sur des actes commis par un prêtre du diocèse de Trèves à l’époque où il en était son évêque. (2002-2008). Expliquer “Prenez les critiques très au sérieux”, il a ensuite souhaité que cet événement soit une occasion de réflexion et d’autocritique de la part de l’Église allemande, engagée depuis début 2020 dans une « Voie synodale », nom donné à un dialogue sans précédent, mené conjointement par la Conférence épiscopale et le Comité central des catholiques allemands dans un esprit de réforme.

Porte-parole des réformateurs

En renonçant à cette distinction puis, un mois plus tard, en annonçant publiquement qu’il avait demandé à être relevé de ses fonctions d’archevêque, le cardinal Marx se pose plus que jamais en porte-parole des réformateurs face à ceux qu’il accuse, dans sa lettre au Pape, de ne pas vouloir « Accepter la responsabilité et la complicité de l’institution » et de « s’opposer[r] à tout dialogue de réforme et de renouveau en lien avec la crise des agressions sexuelles ».

Sans le citer, le cardinal Marx fait ici clairement allusion au cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne, accusé d’avoir longtemps couvert deux prêtres soupçonnés de violences sexuelles. A la mi-mai, le Pape a nommé deux “visiteurs apostoliques”, envoyés pontificaux extraordinaires, chargés de« Appréhender la situation pastorale complexe au sein de l’archidiocèse et étudier les failles possibles » de plusieurs prélats du diocèse, dont le cardinal Woelki, pour qui les appels à la démission se sont multipliés ces derniers mois.

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