June 25, 2021

Journée de mobilisation en soutien à la chercheuse Fariba Adelkhah, prisonnière en Iran depuis deux ans

Le 5 juin 2019, l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah a été arrêtée à Téhéran : deux ans plus tard, elle est toujours privée de liberté, “Otage” entre autres du régime iranien dans son bras de fer avec l’Occident.

Pour marquer cet anniversaire, son portrait sera dressé, samedi 5 juin, sur la façade de la mairie du centre de Paris, au cœur de la capitale, en présence de son compagnon Roland Marchal, arrêté en même temps qu’elle. et échangé en mars 2020 contre un ingénieur iranien détenu en France et menacé d’extradition vers les États-Unis.

« Deux ans plus tard, on ne sait toujours pas pourquoi elle a été arrêtée : comme moyen de pression sur la France et de chantage pour libérer les Iraniens détenus en Europe ? “, s’interroge son comité de soutien. « Dans le cadre des règlements internes en République islamique ? Faire taire les voix dissidentes, donner l’exemple contre la liberté d’expression ? “, il continue.

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L’Iran détient plus d’une douzaine d’Occidentaux – dont la plupart détiennent également des passeports iraniens – en prison ou en résidence surveillée. Côté français, le touriste Benjamin Brière s’est ajouté à la liste, compliquant encore la tâche du Quai d’Orsay.

Celles-ci « otages » font l’objet d’accusations que les intéressés réfutent, comme l’espionnage ou l’atteinte à la sécurité de l’État, et les militants dénoncent une pure monnaie d’échange pour obtenir des concessions.

« Fariba Adelkhah n’a jamais été politiquement active. C’est une prisonnière scientifique, privée de sa liberté sur la seule base de son travail universitaire », déclare son comité de soutien.

« Torture psychologique »

Spécialiste du chiisme et de l’Iran post-révolutionnaire à Sciences Po Paris, le chercheur de 62 ans a été condamné en mai 2020 à cinq ans de prison pour menaces ” La sécurité nationale “ et “La propagande” contre la République islamique. Elle a passé plus d’un an en prison avant d’être assignée à résidence en octobre 2020 à Téhéran, sous la contrainte d’un bracelet électronique et avec un horizon limité à 300 mètres.

« Elle n’est pas libre de faire quoi que ce soit et continue de subir des tortures psychologiques », souligne Béatrice Hibou, membre de son comité de soutien. “Ils jouent avec ses nerfs tout le temps”, a-t-elle déclaré à l’Agence France-Presse (AFP), pointant du doigt les perspectives avortées de libération conditionnelle ou de grâce.

Ses liens extérieurs se résument à des visites de sa famille et à des conversations téléphoniques avec quelques proches en France. Elle suit également des cours de droit arabe et musulman à distance. “Ça aide beaucoup”, notes Béatrice Hibou.

Jugée forte – elle a observé une grève de la faim de 49 jours pendant sa détention – Fariba Adelkhah doit compter avec les aléas de la politique iranienne et les enjeux internationaux. L’élection présidentielle du 18 juin, dont le chef ultraconservateur de l’Autorité judiciaire, Ebrahim Raïssi, est le favori, est la prochaine grande échéance.

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Les négociations pour sauver l’accord nucléaire iranien pourraient également avoir des retombées. Certains en Iran sont « Agacé par la perspective qu’un accord soit possible » et pourrait gêner en jouant la carte de l’otage, estime une source proche du dossier. Mais si les pourparlers nucléaires de Vienne réussissent, les Français pourraient aussi être « Remercié pour leur rôle positif » en négociation, veut croire cette source.

Un « état visible » et un « état profond »

L’entourage de la chercheuse espère au moins une amélioration de ses conditions de détention, mais reste très prudent car sa nationalité iranienne complique la situation. Pour les binationaux, l’enjeu n’est pas seulement externe, il est aussi interne, c’est un message d’intimidation envers les Iraniens, estime-t-on à Paris.

Immédiatement, « La République islamique s’intéresse à des profils très précis car elle veut libérer Assadolah Assadi en Belgique », a rappelé Clément Therme, spécialiste de l’Iran, lors d’une rencontre avec l’Association de la presse diplomatique à Paris. Ce diplomate iranien a été condamné à vingt ans de prison pour un attentat à la bombe planifié en France en 2018 contre des opposants.

Fariba Adelkhah n’a pourtant pas forcément le profil pour un tel échange, considèrent son entourage.

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“La France parle à l’Etat visible, le président Macron parle au président Rouhani, donc les otages français restent longtemps prisonniers”, a ajouté Clément Therme, en référence aux multiples couches de pouvoir en Iran, notamment les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

« Le président Poutine lui parle aux gardiens de la révolution, à l’État profond iranien. Donc un otage russe ne reste pas longtemps en prison en Iran », observes Clément Therme.

Le monde avec l’AFP

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