June 23, 2021

A Paris, la Galerie 193 expose de nouvelles couleurs africaines

Présenter des artistes méconnus à l’identité forte et singulière est le credo de la Galerie 193, à deux pas de la place de la République, à Paris. « Notre mission est de proposer des scènes contemporaines insuffisamment représentées à notre goût, venues d’Afrique, d’Asie du Sud-Est, des Caraïbes, d’Amérique du Sud ou d’Océanie. Nous nous battons pour le mélange des cultures et des styles », précise César Lévy, directeur du lieu.

Created in 2018 rue des Filles-du-Calvaire, in the IIIe Quartier parisien, la galerie, qui doit son nom au nombre de pays membres de l’ONU, a emménagé dans un nouvel espace de 350 m2 à plusieurs niveaux depuis le 19 mai. « Il s’agit de réunir des œuvres du monde entier et de permettre d’admirer la contemporanéité des pays que nous présentons », insiste César Lévy.

Jusqu’au 31 juillet, trois artistes sont présentés sur les murs de la galerie. Thandiwe Muriu y occupe une place prépondérante. La jeune photographe kenyane – à peine âgée de 30 ans – expose sa série « Camo » (« camouflage ») : un ensemble de portraits féminins saturés de couleurs, de tissus, de coiffures étonnantes et d’étranges « lunettes ».

Tout a commencé pour elle à 14 ans, lorsque son père lui a appris, ainsi qu’à ses sœurs, à utiliser un appareil photo numérique. « Je ne savais pas vraiment dessiner ou peindre, mais dès ma première interaction avec l’appareil photo, j’ai su qu’il y avait un lien entre moi et la photographie », se souvient-elle. Son parcours l’a amenée à la photographie publicitaire, sans altérer son goût et son envie d’une forme plus artistique. Et revisiter le genre du portrait, très présent en Afrique.

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

  • Série « Camo », par Thandiwe Muriu. COURTOISIE 193 GALERIE

Grâce aux conseils d’une amie photographe, elle entame en 2015 sa série « Camo ». Exploration de la couleur et création du continent, fierté des femmes noires. « Je veux encourager les jeunes filles à célébrer leur peau foncée. Un thème parfois lourd, mais que je souhaite mettre en avant de manière ludique et facile à aborder », souligne l’artiste de Nairobi.

Les tissus utilisés sont achetés sur les marchés de la capitale kenyane. Une recherche difficile pour Thandiwe Muriu : « Je n’ai pas de formule pour trouver le bon tissu. Je sais juste lequel fonctionnera lorsque je le sortirai des piles du magasin. “ Ensuite, le tissu sera confié à un tailleur qui réalisera les vêtements dessinés par le photographe, inspirés des œuvres de l’artiste afro-américaine Bisa Butler.

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Les coiffures et les « lunettes » sont les derniers marqueurs de la série. Entre modernité – cheveux coupés très courts – et tradition – coiffures architecturales très élaborées – l’artiste met en avant une culture ancestrale de la beauté féminine. Quant aux « verres », ils sont fabriqués à partir de matériaux recyclés, souvent liés à l’enfance de Thandiwe Muriu.

Remarquée en 2019 notamment par CNN Africa, elle a reçu en 2020 le People Choice Award de la photographie émergente de l’année au salon Photo London. Malgré une reconnaissance internationale, l’artiste se rend régulièrement dans les écoles pour montrer aux jeunes filles que l’art n’est pas réservé qu’aux hommes, elle qui a dû se battre pour trouver sa place dans un univers très masculin.

Série « Couleurs d'Afrique », de Derrick Ofosu Boateng.

La Galerie 193 fait également la part belle à Derrick Ofosu Boateng : avec lui, la saturation des couleurs est poussée à l’extrême. Célébration d’un continent plein de poésie et de fierté. « Une philosophie de vie positive, une Afrique créative, innovante et optimiste », précise César Lévy. Le Ghanéen d’à peine 25 ans « Cherche à changer la perception de l’Afrique et à promouvoir l’amour et la paix entre les personnes de cultures et d’origines différentes ».

Pour lui, la photographie est un moyen de communiquer avec le monde qui l’entoure. Des scènes qui semblent naïves, reflétant l’énergie, la lumière et la puissance. Avec une intention graphique très présente, notamment grâce à l’utilisation de fruits ou de ballons.

« Estampes africaines »

Comme son compatriote le prince Gyasi, qui appartient à la même nouvelle génération de photographes ghanéens, Derrick Ofosu Boateng travaille à l’aide d’un iPhone offert par son père. De la réflexion à la recherche du bon emplacement et des bons modèles, il conçoit ses œuvres comme « Estampes africaines ». Un photographe nomade capable d’installer son studio dans un lieu particulièrement choisi.

Séries

Enfin, direction les Antilles avec le plasticien Jean-Marc Hunt. Et plus précisément la Guadeloupe, son « Lancement vers les étoiles ». Insulaire et donc grand voyageur pour montrer son art, il travaille principalement sur des feuilles de papier : « Mon atelier et mes œuvres tiennent dans un sac à dos. Je remplis des carnets de croquis au cours de mes voyages, que je maroufle ensuite sur toile pour chaque exposition. “

L’artiste interroge les notions d’identité, les pratiques sociales liées à la créolisation du monde et les rapports de domination historiques et contemporains. « Il est important pour moi de créer une imagerie qui identifie les questions dues à la condition noire et caribéenne. Les systèmes de transmission, d’éducation et de préservation culturelle restent à construire dans la société antillaise », il explique.

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Issu de l’école du graffiti et du street-art, Jean-Marc Hunt présente notamment deux séries à la Galerie 193. La première, intitulée « Histoires cosmogoniques », fait référence à l’enfance et est réalisée sur le matériau de prédilection de l’artiste, le papier, considéré comme un élément primordial de transmission, un moyen de raconter une histoire, dans laquelle l’ensemble constituerait une mémoire collective.

Le second, « Ti’Punch Molotov », est comme un « Rhum arrangé qui mêle révolution et revendication, remède et poison, à la fois moteur du pouvoir social et cause de la perte de contrôle, où l’ivresse devient déshumanisante », précise l’artiste. Violence du geste et profusion de couleurs interrogent les rapports sociaux assez hiérarchisés de la société antillaise. « C’est ma condition de Négropolitain. J’aime la France mais la France ne la connaît pas. Elle m’ignore “, conclut le chirurgien plasticien.

193 Galerie, 24 rue Béranger, 75003 Paris. Du mardi au samedi,
de 10h à 19h Entrée libre.

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