June 24, 2021

Au Nicaragua, l’opposante Cristiana Chamorro assignée à résidence

Cristiana Chamorro, qui apparaît comme la plus sérieuse candidate du chef de l’Etat nicaraguayen Daniel Ortega à l’élection présidentielle de novembre, était assignée à résidence mercredi soir 3 juin, après avoir été accusée de blanchiment d’argent par le gouvernement.

« Après plus de cinq heures de présence policière au domicile de ma sœur Cristiana Chamorro, candidate à la présidentielle, à 5h15 [1 h 15 en France], la police anti-émeute le place sous assignation à domicile, en isolement. Sa maison est toujours occupée par la police », a écrit son frère Carlos Fernando Chamorro le Twitter.

La police a violemment pénétré dans l’enceinte de M.moi Chamorro, dans le sud-est de Managua, où elle s’apprêtait à donner une conférence de presse, a indiqué Arelia Barba, son assistante. Des amis et des proches ont tenté de venir au domicile mais la forte présence policière les a empêchés d’entrer, repoussant également les journalistes de manière musclée.

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Enquête pénale pour blanchiment d’argent

La journaliste de 67 ans vise à vaincre Daniel Ortega aux urnes, tout comme sa mère, Violeta Chamorro il y a 31 ans. Mais l’étoile montante de l’opposition est visée depuis plusieurs semaines par une information judiciaire pour blanchiment d’argent qu’elle a dénoncé comme un “Macabre farce” montée au pouvoir pour l’empêcher d’être candidate à l’élection présidentielle du 7 novembre.

« Interdire arbitrairement la chef de l’opposition Cristiana Chamorro [d’être candidate] reflète la peur d’Ortega d’élections libres et équitables ”, dénoncé le Twitter le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, du Costa Rica où il est en visite. « Les Nicaraguayens méritent une vraie démocratie », il ajouta.

Non membre d’un parti, la journaliste a annoncé son intention de briguer l’investiture de l’opposition pour l’élection présidentielle où M. Ortega, au pouvoir depuis 2007, devrait briguer un quatrième mandat consécutif.

La justice nicaraguayenne a annoncé mercredi dans un communiqué qu’un tribunal de Managua avait ordonné “L’intervention [de la police au domicile] et l’arrestation de Cristiana Chamorro, accusée de délits de gestion trompeuse, de mensonge idéologique en vue de commettre le délit de blanchiment d’argent, de biens et d’avoirs, au préjudice de l’État du Nicaragua et de la société nicaraguayenne ».

Procédure « illégale »

Mardi soir, le parquet nicaraguayen avait inculpé l’opposante, exigeant qu’elle soit interdite de se présenter pour un mandat quelconque, estimant que la pré-candidat à l’élection présidentielle « Ne jouit plus pleinement de ses droits civiques et politiques car elle est impliquée dans des poursuites pénales ». Des avocats ont dénoncé une procédure “Illégal” en l’absence d’une résolution du Conseil suprême électoral.

Le Secrétariat général de l’Organisation des États américains (OEA) a dénoncé « Cette nouvelle attaque contre la démocratie » qui « Rend encore plus impossible la tenue d’élections libres, justes et transparentes dans le pays » et “Délégitime le processus électoral avant même qu’il n’ait lieu”. Selon le communiqué de presse de l’OEA, « Le Nicaragua se dirige vers les pires élections possibles ».

Le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh) a estimé que ce mandat d’arrêt était une « Mépris des droits de l’homme ». eurodéputé espagnol José Ramon Bauza senti que c’était un « Attaque très grave contre la démocratie » et a appelé le ministre des Affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, à ce que l’UE envisage des sanctions immédiates contre le gouvernement Ortega.

Popularité de sa mère Violeta

Cristiana Chamorro a dirigé la Fondation pour la défense de la liberté de la presse qui porte le nom de sa mère et sur les comptes de laquelle le parquet assure qu’il y a « Incohérences » pour la période 2015-2019. La Fondation, considérée comme un bastion de la liberté d’expression, a apporté son soutien aux journalistes et médias indépendants.

Cristiana Chamorro a décidé de suspendre ses activités en février parce qu’elle refusait de se soumettre à une nouvelle loi obligeant toute personne physique ou morale qui reçoit des fonds d’un autre pays à se déclarer « agent étranger » avec le ministère de l’Intérieur.

L’adversaire jouit de la popularité de sa mère Violeta, à laquelle elle ressemble étonnamment. Elle peut aussi compter sur le soutien de sa puissante famille, membre de l’oligarchie nicaraguayenne et dont le nom est intimement lié à l’histoire politique du pays, et propriétaire d’un groupe de presse.

Cristiana Chamorro est aussi la fille de Pedro Joaquin Chamorro, héros de la lutte contre la dictature de Somoza. Son assassinat en janvier 1987 avait déclenché le début de l’insurrection contre le régime.

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Le monde avec l’AFP

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