June 23, 2021

A Annemasse, l’argent suisse creuse les inégalités

Mohamed, 20 ans, a grandi et vit à Perrier, le quartier le plus pauvre d’Annemasse, en Haute-Savoie. Il a récemment investi une bonne partie de sa première paie de boulanger, 5 000 francs suisses (4 559 euros), dans un scooter puissant : « Oui, c’est la Suisse ! “, dit-il en souriant. Annemasse, ville frontière blottie contre les reliefs qui dominent le lac Léman, vit en grande partie à l’heure suisse. Genève, avec ses salaires faramineux, aime la plupart de ses biens, qui drainent un peu de sa richesse en rentrant le soir.

Cette ville illustre un phénomène mis en lumière par le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités, publié mercredi 2 juin. Dans certaines communes françaises, les disparités de revenus et de patrimoine sont particulièrement criantes.

Cet organisme indépendant propose cette année un classement des « Vingt villes les plus inégalitaires de France », ou alors « Il existe deux formes d’inégalités territoriales : d’en haut, comme Paris et les Hauts-de-Seine, car les riches y sont très riches et les pauvres n’ont pas les moyens d’y vivre, ou d’en bas, comme la Seine-Saint-Denis et le départements d’outre-mer, car les pauvres y sont particulièrement pauvres », détaillent les auteurs, Anne Brunner et Louis Maurin.

Pas de clinquant ni de bling-bling

En tête de liste, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) est la plus emblématique et la plus attendue : les 10 % les plus riches gagnent au moins 120 000 euros par an, et les 10 % les plus pauvres au mieux. 15 000 euros, soit huit fois moins, l’écart moyen étant de 3,4 sur l’ensemble de la France. Derrière Neuilly, Paris et Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), vient Annemasse (Haute-Savoie) avec 39 000 habitants, en quatrième position : ses 10 % de ménages les plus pauvres gagnent moins de 800 euros par mois (à peine 10 000 euros par par an), tandis que les 10 % les plus riches gagnent 5,3 fois plus, soit en moyenne 4 200 euros par mois (50 400 euros par an).

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Ici, pas de flashy ou de bling-bling. Les plus aisés de la région préfèrent les jolies petites villes des bords du lac Léman plutôt que cette ville sans apprêt. « Il n’y a pas de grandes fortunes à Annemasse, confirme Christian Verdonnet, notaire. Mais les professions libérales et les entrepreneurs peut s’offrir de belles villas avec piscine pour 500 000 euros ou jusqu’à 1 million d’euros sur les hauteurs de Vétraz-Monthoux, avec vue sur le Mont Salève, symbole de la réussite annémassienne. “

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