June 23, 2021

Les Tchétchènes de France craignent les expulsions

Quand la police est arrivée chez lui à l’aube ce mercredi 26 mai, Anzor (le prénom a été changé) ” pas compris “. Avec sa femme, il s’est retrouvé menotté dans la chambre, devant les enfants. « La police est venue chercher le fils de ma concubine », explique ce ressortissant tchétchène de 38 ans, en France depuis dix-sept ans, et qui vit dans le Bas-Rhin. Ce jour-là, quatre jeunes âgés de 16 à 18 ans ont été interpellés dans ce département et placés en garde à vue pour association de malfaiteurs terroristes, soupçonnés d’avoir « Préparation d’un plan d’action violent ». Ils seront finalement libérés trois jours plus tard, sans poursuites.

Il y a aussi des soupçons sur Anzor. Les autorités veulent l’expulser vers la Russie, estimant qu’il représente un « Menace à l’ordre et à la sécurité publique ». Réfugié politique en France après avoir fui la Tchétchénie, il a été déchu de son statut. Il n’a jamais été poursuivi, mais des « notes blanches » émises par les services de renseignement pensent qu’il sort avec des radicaux fréquentés. Il à répondu: « Il n’y a aucune preuve contre moi. Mon pays, celui de mes enfants, c’est la France. “ La commission d’expulsion du Bas-Rhin a rendu un avis défavorable sur sa révocation le 27 avril. La préfecture doit encore décider de son sort.

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Sur fond de lutte contre le terrorisme et de soupçons de radicalisation, les Tchétchènes de France – quelques dizaines de milliers de personnes au total – ont subi ces derniers mois une pression accrue des autorités. Au lendemain de l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par un jeune réfugié tchétchène, Gérald Darmanin a annoncé son intention d’intensifier les licenciements de personnes de ce Caucase. république dirigée par le dictateur Ramzan Kadyrov. Mi-novembre 2020, le ministère de l’Intérieur s’est rendu à Moscou pour discuter de la question avec ses homologues russes.

Darmanin durcit le ton

Depuis lors, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme et le Comité tchétchène ont enregistré au moins dix expulsions. Celui de Magomed Gadaïev, le 13 avril, a fait sensation au sein de la communauté. Ce Tchétchène de 36 ans, soupçonné de radicalisation islamiste par le ministère de l’Intérieur, est connu pour être un opposant au régime Kadyrov et être en danger de mort. « À ma connaissance, nous n’avons pas eu de ses nouvelles depuis le 24 avril », rapporte son avocat, Me Arnaud Toulouse. A son arrivée en Russie, M. Gadayev a été détenu par le FSB, les services de sécurité russes, puis transféré en Tchétchénie. Le Conseil d’État, saisi par ses avocats, a rejeté, mi-mai, l’annulation de son expulsion.

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