June 22, 2021

histoire d’une édition critique française

Ne dites pas à Sophie de Closets, PDG de Fayard, qu’elle s’apprête à publier mon combat. La réponse serait : « Fausses nouvelles », comme elle l’a dit, mercredi 19 mai, lors de la conférence de presse annonçant la parution, le 2 juin, d’un livre qui porte un titre différent : Historiciser le mal. Une édition critique de Mein Kampf. Avec, en guise de nom d’auteur, non pas celui d’Adolf Hitler, qui a publié ce mélange d’autobiographie et de manifeste politique en 1925 et 1926, mais ceux de deux universitaires, spécialistes de l’histoire du nazisme : l’Allemand Andreas Wirsching et le Français Florent Brayard.

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Le volume, qui adapte et prolonge le livre publié en Allemagne, en janvier 2016, sous l’égide de l’Institut für Zeitgeschichte (« institut d’histoire contemporaine »), dirigé à Munich (Bavière) par Andreas Wirsching, contient bien entendu le texte intégral de mon combat traduit par Olivier Mannoni. Mais il est bordé de toutes parts par des notes, de longues introductions – une générale, et une par chapitre, cette dernière étant une innovation de l’édition française -, tout un ensemble d’aperçus, de contextualisations, de rectifications des mensonges infinis. du futur chancelier de la IIIe Reich.

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Ou une critique scientifique du texte, telle que toute source historique significative doit subir à un moment ou à un autre. On peut d’autant plus s’en féliciter que cela n’avait jamais été le cas pour ce qui fut le livre préféré de l’Allemagne nazie et continue aujourd’hui à circuler intensément dans les milieux de l’extrême droite ou de l’islamisme radical.

Pour que tout se passe pour le mieux et que l’histoire puisse s’arrêter là. Pourtant, cela fait au moins cinq ans que la simple évocation de ce projet a provoqué un tollé qui peine à s’éteindre. Ré-éditer mon combat si cette formulation est ou non une « fausse nouvelle », ne pouvait, ne devait laisser personne indifférent. Et, visiblement, ce n’était pas le cas.

En 2011, un projet légitime

Le site, cependant, tarda à devenir un champ de bataille. L’actuel PDG de Grasset, Olivier Nora, qui cumula alors ce poste avec la direction de Fayard, se souvient : « Quand, en 2011, nous avons annoncé notre projet, tout le monde l’a trouvé légitime. ” C’est l’historien et éditeur Anthony Rowley, à qui Olivier Nora avait confié le secteur des livres historiques chez Fayard en 2010, qui lui en avait parlé le premier. Fabrice d’Almeida, historien, journaliste, éditeur, se souvient comment l’idée de reprendre mon combat est venu chez son ami : « Anthony, à la fin des années 2000, avait remarqué qu’il y avait beaucoup de publications de versions du livre d’Hitler, notamment en ligne. Il y avait un climat. Les gens parlaient de lui, il était plus présent que jamais. “

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