En Côte d’Ivoire, la corruption des forces de l’ordre en procès

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Une patrouille de police à Abidjan, en août 2018.

Sept policiers et gendarmes comparaissent vendredi 5 novembre devant le tribunal militaire d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, pour « extorsion de fonds ». Au total, quarante-trois membres des forces de l’ordre sont appelés à prendre place dans le box des accusés ces prochaines semaines pour des faits de « racket ». Un nombre de procès inédit pour ce tribunal militaire qui jugeait en moyenne jusqu’ici chaque année une trentaine de cas de ce genre.

Cette subite profusion découle de l’opération « coup de poing » menée au sein des services publics par les autorités ivoiriennes. Première cible dans le viseur de l’ancien juge Epiphane Zoro Bi Ballo, ministre de la promotion de la bonne gouvernance, du renforcement des capacités et de la lutte contre la corruption : les contrôles routiers « payants » menés par les forces de l’ordre.

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« Cette forme de harcèlement des transporteurs de marchandises a une incidence directe sur le coût de la vie et donc sur le quotidien de nos concitoyens », a-t-il expliqué au Monde Afrique, en allusion à l’inflation générée par ces pratiques sur le prix de certains produits vivriers.

Ces « arrangements financiers » sont le quotidien des Ivoiriens, à tel point que dans son enquête datée de 2019, le rapport Afrobaromètre (réseau panafricain indépendant) concluait que « la police est l’administration publique la plus impliquée dans la corruption en Côte d’Ivoire ».

Réalité vécue ou « ressenti collectif » ?

L’étude révélait également que plus de la moitié des personnes interrogées admettait avoir versé un pot-de-vin à un agent de police au cours des douze derniers mois afin « d’éviter des problèmes ». 42 % des sondés indiquaient avoir fait de même pour « obtenir une assistance » des forces de l’ordre au cours de la même période.

Selon l’indice de perception de la corruption établi par l’ONG Transparency International, la Côte d’Ivoire figurait en 2020 à la 104place sur 180 pays, une performance certes meilleure qu’il y a dix ans mais qui reste embarrassante pour l’une des principales puissances économiques d’Afrique de l’Ouest.

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D’autant plus que dans son rapport, l’ONG indiquait que 40 % des Ivoiriens considéraient que la corruption avait empiré par rapport à l’année précédente. Qu’il s’agisse d’une réalité vécue ou d’un simple « ressenti collectif » – comme défend le ministre –, la corruption empoisonne la vie des Ivoiriens et ces données alarmantes expliquent en partie l’offensive, notamment médiatique, du pouvoir contre ce phénomène.

Le mal est profond : aucun secteur, même les plus essentiels comme la santé, l’éducation ou la justice, n’y échappe et les professionnels de ces milieux sont régulièrement accusés de s’enrichir au lieu d’assurer leur mission de service public. « La corruption est devenue la norme, notamment dans le secteur public où tous les services deviennent des marchandises ; cela encourage l’incompétence et l’irresponsabilité », prévient le sociologue Francis Akindès.

La « petite corruption du quotidien »

Sur les réseaux sociaux, on ne compte plus les témoignages d’étudiants en colère après avoir échoué à un concours faute d’avoir pu soudoyer leurs examinateurs. Mais si pour le chercheur, dénoncer la « petite corruption du quotidien » est essentiel, une lutte efficace contre ce phénomène qui « désorganise la société » nécessite de « s’attaquer aux intouchables qui se cachent derrière leur totem d’immunité ».

Cette critique de l’impunité des puissants est lancinante en Côte d’Ivoire, mais elle ne semble avoir été entendue par les autorités que dernièrement. Depuis le mois de juillet et le lancement de l’opération « mains propres », plusieurs directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques ont été suspendus. Des audits ont été lancés pour identifier d’éventuels cas de détournement de fonds publics et d’enrichissement illicite. Une affaire que suivent de près les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire.

« Les bonnes performances économiques du président Ouattara avaient jusque-là permis de masquer les problèmes majeurs de gouvernance, mais la dernière présidentielle a laissé des traces », analyse un diplomate en poste à Abidjan, en référence à l’élection d’octobre 2020, tenue dans un climat de tension et qui a vu le président être réélu pour un troisième mandat controversé.

Passé par les organisations internationales, le chef de l’Etat est conscient que les partenaires internationaux attachent désormais autant d’importance aux enjeux de gouvernance qu’au respect des règles démocratiques. « En s’attaquant bruyamment au phénomène de la corruption, il se rachète une image à peu de frais », commente le même diplomate.

Une stratégie payante à condition que cette politique volontariste change le quotidien des Ivoiriens. Ces dernières années, plusieurs officines chargées de lutter contre la corruption ont été créées, sans véritable résultat. « Patience », répond cette fois le ministre, qui promet que « d’autres grands noms vont tomber. Ce n’est que le début ».

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En Côte d’Ivoire, la corruption des forces de l’ordre en procès

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