Crise pénitentiaire en Equateur : les chefs des armées et des prisons démissionnent

Les chefs des forces armées et des prisons de l’Equateur ont démissionné, a annoncé, lundi 15 novembre, le gouvernement, après un nouveau bain de sang dans un pénitencier et alors que le pays est confronté à une flambée de criminalité liée au narcotrafic.

Le chef de l’Etat équatorien Guillermo Lasso a « accepté la démission » du chef du commandement interarmées, le vice-amiral Jorge Cabrera, et du directeur de l’agence chargée des prisons, Bolivar Garzon, a indiqué la présidence dans un communiqué. De nouvelles nominations ont été annoncées dans la foulée et M. Lasso a réuni, lundi, un cabinet de crise à Guayaquil (sud-ouest), deuxième ville du pays.

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Le vaste complexe carcéral de Guayaquil a été le théâtre, vendredi et samedi, de nouveaux affrontements entre gangs rivaux de détenus qui ont fait 68 morts et 25 blessés. A coups d’armes blanches, d’armes à feu et d’explosifs, des prisonniers ont attaqué, après avoir saboté l’électricité, les occupants d’une autre unité de la prison, un établissement qui abrite 8 500 détenus avec une surpopulation de 60 %.

Les autorités ont dénoncé la « sauvagerie » et la « barbarie » des assaillants, qui, sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, ont été vus s’acharnant, à coups de couteaux et de bâtons, sur des corps entassés et carbonisés dans une cour.

Une « lutte pour le leadership », après la sortie de prison la semaine dernière d’un chef de gang, serait à l’origine de ces nouvelles violences, selon la police.

« Menace extérieure »

L’Equateur « est gravement menacé de l’extérieur par les mafias du narcotrafic, ces mêmes mafias qui prétendent prendre le contrôle de toutes les prisons du pays et imposer l’insécurité dans les rues », a déclaré dans la soirée le président Lasso. Promettant des « actions conjointes » de l’Etat, le président a jugé que le pays faisait face à « l’une des plus grandes crises de ces dernières décennies ».

Dans l’après-midi, le porte-parole de la présidence, Carlos Jijon, a également sous-entendu l’existence d’un complot politique visant à déstabiliser le gouvernement du président conservateur mis en cause dans les « Pandora Papers » pour délit présumé de fraude fiscale. « Le véritable objectif [du massacre] était de commettre un acte de terrorisme qui choquerait la nation », a déclaré M. Jijon, estimant que ce n’était pas seulement « un affrontement entre des bandes de prisonniers ou des gangs » mais « une situation extrêmement grave qui a des ramifications politiques ».

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Divisé en douze quartiers, où sont détenus séparément les membres d’au moins sept organisations criminelles, souvent rivales, ayant des liens notamment avec les cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion, le complexe carcéral de Guayaquil avait déjà été le théâtre fin septembre du plus grand massacre de l’histoire pénitentiaire de l’Equateur et l’un des pires en Amérique latine. Lors de rixes entre bandes rivales, 119 personnes y avaient été tuées, certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés. Depuis le début de l’année 320 détenus sont morts dans différents épisodes de violences.

« Etat d’exception »

Les soixante-cinq prisons équatoriennes souffrent d’une surpopulation de 30 %. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre.

Situé entre la Colombie et le Pérou, principaux producteurs mondiaux de cocaïne, et utilisé comme zone de transit pour l’expédition vers les Etats-Unis et l’Europe, l’Equateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue.

Le président avait décrété, le 18 octobre, un « état d’exception » dans tout le pays pour lutter contre cette criminalité qui a coûté la vie à près de 1 900 personnes depuis janvier. Un autre « état d’exception » a été décrété dans les prisons, avec des renforts militaires. La Cour constitutionnelle a cependant limité sa durée et interdit que les militaires ne pénètrent à l’intérieur des prisons.

Le Monde avec AFP

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