Crise des migrants : la Biélorussie menace de couper le gaz à l’Europe en cas de sanctions

Le bras de fer diplomatique se poursuit entre la Biélorussie et l’Union européenne (UE). Heiko Mass, le ministre des affaires étrangères allemand, a jugé, jeudi 11 novembre, qu’il était « grand temps de tirer les conséquences » de la crise des migrants que la Biélorussie est accusée d’orchestrer, en étendant les sanctions de l’UE contre Minsk.

« Nous voulons le faire avec nos partenaires européens », a expliqué Heiko Maas devant les députés du Bundestag allemand. Il a ajouté que « l’Union européenne va étendre et renforcer ses sanctions contre le régime de Loukachenko ».

M. Maas a déclaré qu’une décision en ce sens sera prise lundi lors d’une réunion des ministres des affaires étrangères des 27 pays membres de l’UE à Bruxelles. La veille, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait déjà affirmé « qu’au début de la semaine prochaine il y [aurait] un élargissement des sanctions » contre Minsk.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés L’UE accuse la Biélorussie de jouer avec la vie des migrants

Poutine appelle à un « rétablissement des contacts »

Outre l’extension des sanctions contre des personnalités proches du président biélorusse, Alexandre Loukachenko, le ministre allemand s’est déclaré en faveur de mesures contre « des secteurs économiques aussi importants que l’industrie de la potasse », pilier de l’économie de la Biélorussie. Le pays est en effet le deuxième exportateur mondial de potasse, un ingrédient de la fabrication d’engrais. Il a également émis l’idée de sanctionner des compagnies aériennes, notamment Belavia, détenue par l’Etat biélorusse, et plusieurs agences de voyage, accusées d’organiser l’afflux de migrants vers l’UE.

Les sanctions individuelles du bloc européen contre des responsables du régime biélorusse visent actuellement 166 personnes, dont le président Loukachenko et deux de ses fils. Elles consistent en un gel des avoirs et une interdiction d’entrée dans l’UE.

Le président russe, Vladimir Poutine, a appelé, jeudi, l’Union européenne à rétablir les contacts avec la Biélorussie. Lors d’un entretien téléphonique avec la chancelière allemande, Angela Merkel – le deuxième en deux jours –, M. Poutine a souligné l’« importance de régler le plus vite possible la grave crise migratoire », ce qui passe par le « rétablissement des contacts » entre les deux parties, selon un communiqué du Kremlin.

2 000 personnes bloquées dans un camp de fortune

Depuis lundi, les tentatives de passage en Pologne depuis la Biélorussie de centaines de migrants, originaires principalement du Proche-Orient, ont déclenché une grave crise. Les Européens accusent le président Loukachenko d’avoir sciemment orchestré cette situation, en délivrant depuis des mois des visas à des migrants et en les acheminant à la frontière pour se venger de sanctions européennes, imposées au régime de M. Loukachenko l’an dernier après la brutale répression d’opposants.

Lire aussi Crise des migrants : que se passe-t-il à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie ?

En représailles, la Biélorussie a menacé jeudi de riposter à d’éventuelles sanctions européennes en interrompant les livraisons de gaz transitant sur son territoire. En cas de mesures punitives, Minsk « répondra », a affirmé M. Loukachenko, évoquant la possibilité de fermer la vanne du gazoduc qui achemine du gaz russe en Allemagne et en Pologne. « Que se passerait-il si nous coupions le gaz naturel qui va là-bas ? », a lancé M. Loukachenko, dont la menace intervient au moment où les pays européens sont confrontés à la flambée des prix du gaz pour cause de pénurie.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Grodno, dernière étape biélorusse des migrants avant la Pologne

Signe de la préoccupation croissante de la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en urgence jeudi pour évoquer la situation.

Déploiements militaires aux frontières polonaise et ukrainienne

Sur le terrain, l’inquiétude se cristallise sur le sort de plus de 2 000 personnes, notamment des Kurdes du Proche-Orient, bloquées dans un camp de fortune côté biélorusse, où elles se réchauffent en brûlant du bois pour supporter des températures proches de zéro degré.

La Pologne a envoyé environ 15 000 soldats à la frontière, y a construit une clôture de fil de fer barbelé rasoir et appliqué un état d’urgence, interdisant aux journalistes et aux ONG d’y accéder. Rares sont les images et les informations non officielles qui sortent de ce territoire frontalier, long de 400 kilomètres, devenu une zone de non-droit.

De la même manière, l’Ukraine a annoncé, jeudi, son intention de déployer des milliers de gardes et de policiers à sa frontière avec la Biélorussie. Bien que l’afflux principal de migrants soit observé à plus de 200 kilomètres de là, l’armée ukrainienne va déployer 8 500 militaires supplémentaires, parmi lesquels 3 000 gardes-frontières, 3 500 membres de la Garde nationale et 2 000 policiers à sa frontière, a annoncé le ministre de l’intérieur ukrainien, Denys Monastyrsky. Les gardes-frontières ukrainiens ont toutefois assuré qu’« aucune menace » n’émanait, pour l’instant, du territoire biélorusse.

Le Monde avec AFP

We want to give thanks to the writer of this write-up for this amazing content

Crise des migrants : la Biélorussie menace de couper le gaz à l’Europe en cas de sanctions

Decode The News Podcast