Covid-19 : sur la piste des patients « incubateurs » de variants

Le manque de moyens alloués aux traitements contre le VIH dans la baie Nelson Mandela, une métropole située dans la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, pourrait bien avoir créé le terreau permettant l’émergence du variant Beta du SARS-CoV-2, reconnu comme préoccupant par l’Organisation mondiale de la santé. Tel est l’enseignement d’une étude parue dans la revue Science, le 9 septembre, et portant sur l’analyse de 8 746 génomes du Covid-19 collectés dans 33 pays africains.

Lire aussi Covid-19 : Alpha, Beta, Gamma…, quels sont les nouveaux noms des variants ?

« La baie Nelson Mandela figure parmi les régions du monde comportant la plus forte concentration de personnes à la fois infectées par le VIH et privées de traitement approprié. La proportion des personnes efficacement traitées y est plus faible que dans n’importe quelle autre région d’Afrique du Sud », dénonce le bio-informaticien Darren Martin, de l’université du Cap, en Afrique du Sud, un des auteurs de l’étude. « Si ces personnes ne sont pas prises en charge comme elles devraient l’être par le gouvernement pour garantir à la fois l’accès au traitement et sa bonne administration, alors c’est dangereux non seulement pour elles-mêmes, mais également pour le reste du monde », alerte-t-il. Les personnes contaminées pourraient en effet servir d’« incubateurs » à variants, la persistance du virus dans leur organisme favorisant la sélection de mutations potentiellement délétères.

« Ce que nous découvrons, c’est que si quelqu’un est correctement traité pour son infection au VIH, la réponse face au coronavirus est comparable à celle d’une personne qui n’est pas infectée. Mais en l’absence de traitement, l’état d’immunodépression résultant de l’infection au VIH empêche l’élimination du Covid-19 et l’infection peut perdurer durant plusieurs mois », précise ainsi Alex Sigal, de l’Institut africain de recherche sanitaire à Durban, en Afrique du Sud. « L’hypothèse est que ce variant Beta est un variant d’échappement au système immunitaire », ajoute t-il.

Pression des anticorps

Comme son nom l’indique, un variant d’échappement se soustrait au pouvoir neutralisant des anticorps. Deux conditions doivent être réunies pour qu’il émerge, un taux important de multiplication du virus, favorisant l’apparition aléatoire de mutations, et l’existence d’un ou de plusieurs facteurs dans l’environnement exerçant sur cette population virale hétérogène une pression de sélection. Chez les personnes immunodéprimées, cette pression provient des anticorps dirigés contre le Covid-19. Leur quantité est insuffisante pour éliminer le virus dont la population se diversifie à mesure qu’il se réplique. Parmi les mutations survenant ainsi, certaines affectent la configuration moléculaire des régions du virus ciblées par les anticorps, affaiblissant ou annulant leur pouvoir neutralisant. Les variants qui les portent échappent ainsi à la pression exercée par les anticorps, prenant un avantage au sein de la population virale.

Il vous reste 65.65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We wish to say thanks to the writer of this write-up for this outstanding web content

Covid-19 : sur la piste des patients « incubateurs » de variants

Decode The News Podcast