Cinq pédopsychiatres alertent : « La France persiste à laisser dépérir les enfants français dans les camps syriens »

Tribune. Depuis bientôt trois, quatre ou cinq ans, deux cents enfants français sont prisonniers, avec leurs mères, dans des camps du nord-est syrien. Certains sont nés dans ces camps ; tous ou presque y sont entrés lorsqu’ils avaient moins de 6 ans. Ces enfants vivent sous des tentes de fortune, entourés de barbelés et de gardes armés, dans le froid et la boue. Ils ne sont ni scolarisés ni soignés, et ne bénéficient d’aucune prise en charge psychologique. Ils sont pourtant des victimes de guerre que la France abandonne en toute connaissance de cause dans ces « Guantanamo pour enfants ».

Les Etats-Unis, la Russie, le Kosovo, la Belgique, le Danemark, la Suède, la Finlande et bien d’autres pays ont fait le choix de rapatrier les enfants et leurs mères. « La situation en matière de sécurité humanitaire dans les camps s’est détériorée », a récemment asséné le ministre danois des affaires étrangères, Jeppe Kofod, pour justifier la décision du gouvernement de les rapatrier. Depuis des mois, les enfants français de Syrie regardent leurs camarades d’autres nationalités rentrer chez eux et les camps se vider : en deux ans, mille enfants ont été rapatriés. La France, elle, persiste à les laisser dépérir dans ces camps et, par là même, à les exposer au pire.

« Ils ne sont ni les enfants de l’organisation Etat islamique ni ceux du djihad : ils sont nos enfants, des enfants français »

Nous connaissons certains de ces enfants revenus de zone irako-syrienne, orphelins ou non, en 2018. Nous avons évalué leurs traumatismes et mesuré, surtout, leur incroyable force de résilience et leur profond désir tant de se réadapter à la vie en France que de réintégrer leur famille d’origine. Nous savons leur évolution et nous pouvons attester des progrès extraordinaires qu’ils ont accomplis et continuent d’accomplir grâce au travail conjoint de tous les professionnels de l’enfance.

Conditions humanitaires catastrophiques

Tous les autres enfants devaient rentrer avec leurs mères en février 2019, avant que la France fasse machine arrière. Il faut désormais agir et agir vite : les traumatismes s’ancrent, la situation géopolitique sur place est de plus en plus inquiétante et le climat de tension et de peur est à son comble dans le camp de Roj [dans le nord-est de la Syrie].

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A leur retour en France, les enfants seront certes séparés de leurs mères, leur seule source d’affection et sécurité, puisque celles-ci seront incarcérées, mais le lien sera maintenu. Des éducateurs et des psychologues accompagneront ces enfants aux parloirs des maisons d’arrêt pour travailler à la préservation du lien, à la connaissance et à la compréhension de leur histoire. Les magistrats et les professionnels de l’enfance ont l’expérience de ces prises en charge : au 25 janvier, 98 femmes françaises, qui ont réussi à fuir l’organisation Etat islamique [EI] ou à s’évader des camps, étaient rentrées de zone irako-syrienne avec leurs enfants.

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