July 29, 2021

Cannes 2021, Le Récap Du Jour : Le Temps Sean Penn s’était incrusté sur la Croisette

SAMEDI 10 JUILLET – L’histoire d’amour et de désenchantement de Sean Penn avec le Festival, Léa Seydoux positive au Covid, météo sanitaire plutôt clémente et talons sous-habillés, petits bruits et chuchotements en direct de Cannes.

L’histoire, racontée notamment par le journaliste hollywoodien, est à peine croyable. En 1984, Sean Penn, un jeune acteur de 23 ans quasi inconnu, entame une conversation dans un bar avec Harry Dean Stanton, qu’il avait déjà croisé quelques années auparavant mais qui ne le reconnaît pas. Stanton explique qu’il part le lendemain pour présenter au Festival de Cannes Paris, Texas, par Wim Wenders (qui remportera également la Palme d’Or). Avec du cran, Penn demande à ce collègue qu’il admire s’il peut l’accompagner… et celui-ci accepte ! Il faut dire que selon Wim WendersStanton craignait d’aller seul sur la Croisette, et Wenders lui avait conseillé de prendre un assistant personnel. Quoi qu’il en soit, voici le duo à bord d’un vol vers la France. “Tout ce que Sean avait sur lui, c’était un passeport et une brosse à dents”, dit plus tard à Stanton (cité dans Harry Dean Stanton : le rebelle zen d’Hollywood, par Joseph B. Atkins). Pendant cinq jours, Penn a partagé une chambre avec son fils aîné, alors âgé de 57 ans, avant d’être gentiment invité à être hébergé ailleurs. Pas de problème : une rencontre avec Robert De Niro et Joe Pesci (qui sont venus pour la sélection deIl était une fois en Amérique par Sergio Leone) plus tard, et le premier lui paie une chambre à l’Hôtel du Cap pour le reste du séjour.

Ce sera le début d’une longue relation avec le Festival de Cannes, puisque Sean Penn y retournera au fil des années pour présenter pas moins de onze films – sans compter l’époque où il était président du jury, en 2008. Il sera également gagner. le prix du meilleur acteur pour Elle est si adorable, de Nick Cassavetes, en 1997. Hélas pour lui, cette belle histoire d’amour a été interrompue en 2016, lorsqu’il est venu accompagner un film qu’il avait réalisé, Le dernier visage. Avant même la projection officielle du soir, les critiques, qui avaient vu le film ce matin-là, n’hésitaient pas à dire à quel point ils pensaient (” horrible “, ” une purge “, “Ici”, “Un échec” étaient quelques-uns des qualificatifs utilisés). Un fiasco qui a sans doute inspiré le délégué général du Festival Thierry Frémaux, qui, deux ans plus tard, a décidé de reporter les projections de presse en même temps que les projections officielles afin que les journalistes ne puissent plus donner leur avis avant la montée des marches, et potentiellement gâcher la fête des équipes de films… Il y a quelques jours, le même Thierry Frémaux expliquait à Madame Figaro quelle ” Sean Penn [était] très heureux de revenir à la compétition, mais il y a sans doute une légère appréhension, légitime ». Au moins si nous devons croire un entretien accordé à Date limite, l’acteur-réalisateur ne semble pas trop rancunier : « Les gens peuvent ne pas aimer un film, mais si vous y allez [à Cannes] en croyant en votre travail, et si vous y allez à des conditions qui vous conviennent, alors il y a forcément une sorte de magie, quoi qu’il en soit. ” – Thomas Bécard

C’est dit

“J’ai réalisé quand j’ai eu l’Oscar [pour Will Hunting] que c’était un tournant dans ma vie. Avec Ben (Affleck), nous n’avions pas de stratégie, et la seule règle que nous avions était d’aimer le film.
Notre vie a changé en 1998 pour toujours. Nous voulions sortir de notre appartement pourri où Ben dormait sur le canapé car il avait été largué et du coup nous étions sur la couverture du magazine
Variété. On l’emmenait partout en lui disant : « C’est nous sur la couverture, on a de l’argent, tu peux nous louer ton appartement ! “
Matt Damon, lors d’une masterclass donné hier 9 juillet

En bref

► On ne pensait la voir que sur la Croisette, puisqu’elle joue dans quatre films présentés au Festival, dont trois en compétition : mais Léa Seydoux pourrait ne pas venir, car selon Variété, elle a été testée positive au Covid (elle serait asymptomatique), après avoir été contaminée sur un tournage.

► Souvenez-vous, en 2015, l’affaire avait fait grand bruit : plusieurs femmes ne pouvaient pas fouler le tapis rouge car elles portaient des chaussures à talons plats. La direction du Festival a dû s’excuser et affirmer qu’elle était bien autorisée à monter les marches. On aurait pensé qu’en 2021, on pourrait passer à autre chose. Ben non, un journaliste d’Arte a failli être refoulé parce que ses talons étaient jugés pas assez habillés pour la sécurité.

► Météo santé : pour l’instant, le Festival de Cannes ne s’est pas encore transformé en grappe géante, si l’on en croit ce que dit son secrétaire général à Variété : sur les quelques milliers de tests effectués chaque jour, il n’y a que trois cas positifs en moyenne par jour.

Entretien vidéo

Films

La fracture, par Catherine Corsini (concours) : Catherine Corsini plonge Pio Marmaï, Valeria Bruni Tedeschi et Marina Foïs au cœur de la crise des gilets jaunes et des hôpitaux publics et dévoile une France brisée. Un film de colère et d’humour qui interroge la place de la gauche bourgeoise dans la stagnation actuelle.

Où est Anne Frank !, par Ari Folman (hors compétition) : en reliant la tragédie de l’Holocauste et l’histoire d’Anne Frank au sort des réfugiés d’aujourd’hui, Ari Folman réalise un film d’animation assez inventif qui pose une question morale et politique essentielle mais qui se perd dans un parallélisme parfois maladroit.

Le récapitulatif des notes : Le tableau des films de la compétition, qui permet de voir en un clin d’œil nos avis critiques, se trouve ici.

Le portrait signé Jérôme Bonnet

Daphné Patakia pour Benedetta de Paul Verhoeven (concours)

Jérôme Bonnet for Télérama

Monter les escaliers

Déjà passé : Compartiment n°6, par Juho Kuosmanen (concours)
À suivre en direct sur Festival TV :
18h00 : De son vivant, par Emmanuelle Bercot (hors compétition)
21h30 : Jour du drapeau, par Sean Penn (concours)
0h10 : Suprême, d’Audrey Estrougo