June 23, 2021

Interview de Mads Mikkelsen pour “Drunk”

Mads Mikkelsen nous offre dans « Drunk », une remarquable composition d’un professeur d’histoire dans un lycée, effacé, et éteint, qui va se lancer dans une dangereuse expérience avec l’alcool pour retrouver de l’enthousiasme au travail.

Sur la base d’une théorie ouvertement provocatrice, le réalisateur Thomas Vinterberg questionne à la fois la fascination que l’alcool exerce sur la culture populaire et les ravages causés par ses excès. Le film est traversé par une vitalité incroyable, qui ressemble à l’énergie du désespoir, puisque le cinéaste a perdu sa plus jeune fille dans un accident de voiture quelques jours avant le début du tournage. « Drunk », bien plus qu’un film démonstratif de thèse, est devenu une sorte de cri de survie. C’est sans doute l’un de ses films les plus forts et les plus dérangeants.

Première question, quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert cette théorie sur le manque d’alcool dans notre sang au début de notre vie ?

Mads Mikkelsen : eh bien, pourquoi personne n’en avait jamais parlé avant ? En fait, nous pouvons tous le reconnaître, nous ne parlons pas d’être ivre, mais d’être dans une « zone » : vous jouez aux fléchettes après avoir bu 2 bières, et tout est parfait ! Mais après 7 bières, vous ne touchez même plus la planche… et après plus de bières, vous n’avez même plus envie de jouer ! Alors il y a quelque chose la magie De ces « 2 bières » qui vont réchauffer la conversation, libérer la conversation avec les autres, il y a quelque chose dont tout le monde peut se souvenir avec plaisir.

Comment peux-tu décrire ton personnage ? Est-il déprimé, timide et si triste au début de l’histoire ? A votre avis, quel est son passé ?

Non, je pense qu’il est un peu comme beaucoup d’entre nous, il a un travail qu’il a toujours voulu faire, et il le fait très bien, il a une femme et des enfants formidables. Mais soudain, il a l’impression que tous ses rêves ont pris le train et l’ont quitté, et il les regarde partir tout en restant sur le quai. Et il ne s’en est pas rendu compte jusqu’à ce qu’il prenne ce verre avec ses amis, et il a ça conscience qu’il n’a jamais rien fait de sa vie ! et pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

Pour un comédien, c’est toujours un challenge de jouer l’ivresse, il faut trouver le bon équilibre et ne pas surjouer cet état. Comment l’avez-vous trouvé ?

Normalement, on dit qu’un acteur pour jouer l’ivresse ne doit pas avoir l’air d’être ivre, et s’efforcer très fort de n’en fais pas trop. Cela signifie que les mouvements doivent être un peu plus raides, un peu plus lents, et nous nous rendons compte que quelque chose ne va pas. Mais dans notre cas, il fallait passer au niveau supérieur, le niveau « Charlie Chaplin », le niveau de la folie ! Et nous avons regardé beaucoup de vidéos, surtout vidéos de russe, avec des gens extrêmement saouls et on a vu à quel point c’était fou ! et on s’est regardé, et on s’est dit : ok, on peut le faire !

Le scénario est vraiment intéressant, car il commence presque comme une justification de l’alcool, et cela devient presque une histoire moralisatrice…

Je ne pense pas qu’il y ait une morale dans cette histoire, je pense que nous essayons autant que nous pouvons de ne pas porter de jugement, et nous essayons aussi de ne pas faire l’éloge de l’alcool. En fait, nous essayons de découvrir la vérité dans ce 0,5 gr / litre d’alcool, pourquoi nous sommes si fascinés par cela, pourquoi depuis des milliers d’années toutes les cultures font la même chose… et nous savons qu’il existe un côté obscur, très sombre en alcool, car il y a aussi un beau côté. Donc, je pense qu’avec nos personnages, nous avons testé les deux côtés de la question. La seule morale de cette histoire est qu’il faut profiter des bons moments et profiter de la vie.

Ce n’est pas un secret, Thomas Vinterberg a perdu sa fille juste avant le tournage, et à l’origine elle avait un rôle dans ce film… Comment a-t-il fait pour faire ce film ? Était-ce une forme de thérapie pour lui ?

Non, je ne pense pas que c’était une thérapie pour lui, je pense que c’était un mission. C’était un désastre total pour lui, plus rien ne lui importait. Mais cette histoire était beaucoup basée sur elle, son école, les histoires qu’elle racontait à son père, elle y a joué un rôle. Il voulait donc continuer et peaufiner un peu le film pendant que nous le tournions. Je pense que c’est maintenant devenu plus un hommage à la vie qu’il ne l’était dans le script. Et nous n’en avons pas beaucoup parlé, mais c’est devenu comme ça. Elle est apparue comme une belle énergie dans toutes les scènes, c’est devenu une excuse pour la vie plutôt qu’une théorie sur l’alcoolisme.

Dernière question, sur le plan personnel, avec ce drame, vous êtes-vous senti plus responsable de ce film ? Pour le soutenir, dans un effort d’équipe ?

D’une certaine manière, le film n’était plus si important. C’était quelque chose de plus important que le film. Le prix était plus dur à payer dans ces circonstances, mais le but était qu’elle soit fière du résultat, je pense.