A Taïwan, les aborigènes truku se battent contre le cimentier Asia Cement

C’est tout un pan de montagne que l’on arase depuis un demi-siècle. Il a fallu creuser à coups d’explosifs, déboiser. Puis jour après jour, les pelleteuses et les camions ont transporté le granite vers les usines en contrebas, qui en ont fait du ciment. La carrière géante d’Asia Cement, deuxième plus gros producteur taïwanais, n’est plus aujourd’hui qu’à 220 mètres au-dessus du niveau de la mer, 600 mètres de moins qu’en 1973. Elle surplombe le bourg de Hsin-cheng, des grappes de maison agglutinées à la route qui mène aux gorges de Taroko, aujourd’hui un parc national, à quelques centaines de mètres de la côte est de Taïwan, non loin de Hualien. Ses quelque 2 000 habitants sont pour la plupart des Truku, l’une des seize tribus aborigènes de langue austronésienne officiellement reconnues à Taïwan.

Les Truku sont connus pour avoir opposé une résistance féroce aux colonisateurs japonais de Taïwan (1895-1945) qui durent tailler une route dans la roche pour acheminer des armes lors de la guerre menée en 1914 pour les déloger de leurs forêts grandioses. Depuis les années 1990, les Truku sont engagés dans un combat au long cours contre Asia Cement, qu’ils accusent, avec les militants écologistes qui les soutiennent, d’avoir bénéficié de passe-droits pour l’extension de sa concession minière de vingt ans, une première fois en 1997, au temps du développement industriel à marche forcée, puis en 2017.

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Ce renouvellement avait alors été accordé par le ministère de l’économie taïwanais pour vingt ans, jusqu’en 2037, sans étude d’impact environnemental, au prétexte que la carrière avait été ouverte avant que cela ne soit une obligation. Il faisait fi également de la loi fondamentale sur les peuples aborigènes, adoptée en 2005, qui prévoit une consultation de la population originelle. La décision avait provoqué une levée de boucliers dans les milieux de défense de l’environnement et conduit à une action en justice par des riverains contre le cimentier. Après trois ans de procédure, la Cour suprême a sévèrement débouté en appel, le 16 septembre, Asia Cement : celui-ci n’a pas « donné l’opportunité aux résidents d’exprimer leur opinion sur l’extension de la concession », tandis que le ministère de l’économie a failli à prendre en compte « les évolutions de la législation environnementale, l’épuisement des ressources naturelles et l’intérêt public ».

« Quatre siècles de douleur »

Le cimentier a finalement été autorisé par le ministère de l’économie, toujours en vertu d’un code minier datant des années 1930, à continuer ses opérations pendant qu’il soumettait une nouvelle demande d’extension et « rassemblait les documents prouvant qu’il a mené des consultations ». S’ils saluent la bataille gagnée en justice le 16 septembre, les Truku et les ONG savent que la victoire est loin d’être acquise : « C’est un peu comme une brute dans une classe qui est renvoyée du lycée parce qu’il brutalise ses camarades, mais comme il a fait une demande pour rester, eh bien il peut continuer à rester en classer et cogner tout son soûl ! », a commenté sur Facebook Tsai Yui-chi, de l’ONG taïwanaise Citizen of the Earth Taiwan, très impliquée sur le dossier d’Asia Cement. Dès le 23 septembre, une manifestation a eu lieu devant le siège du gouvernement à Taipei, pour réitérer les attentes des 2 000 riverains afin de clarifier les conditions de cession des terres dans le passé, d’évaluer l’état géologique de la zone minière et de proposer un plan de reconversion environnemental pertinent pour la tribu.

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